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Je regarde mes photos sur facebook, la photo de couverture et ses quatre femmes, habillées de couleurs et de pétillance- on me dit que le mot pétillance n'existe pas, mais je m'en moque, savez-vous, j'ai gagné l'âge où l'on peut inventer des mots, se rire des règles (de toute façon, ça fait déjà des lustres que les règles on ne les a plus!), se moquer des compassés, des cons passant aussi, et des cons à venir pour faire bonne mesure- quatre femmes donc, gantées et chapeautées, maquillées qui plus est, et jubilantes jusqu'au bout des ongles. Quatre femmes de joie. De cette joie pure que vivent les enfants lorsqu'ils découvrent un nouveau jeu, les bras battant l'air comme ailes de moulin, et les pieds trépignant comme si le sol soudain devenait brûlant – geckos oscillant d'un côté, de l'autre sur le sable au mitan de la journée.

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Et puis, je regarde ma photo de profil : les âges de la femme, l'ancienne et l'enfant, intimement tressés par leur chevelure, grise pour l'une, jais pour l'autre. L'enfant que j'ai été, l'ancienne que je suis devenue, réunies dans ce présent de l'instant qu'il m'est donné de vivre. Dans une jubilation plus intime : on ne voit pas leur face : elles sont de profil, Janus bifidus, l'une tournée vers le passé, l'autre vers l'avenir ; l'ancienne, les yeux fermés- sur ses souvenirs ? - la plus jeune, regard semblant rempli d'espièglerie observe ce qui vient, nourrie de la sagesse de l'ancienne, par ses tresses infusée.

Au fond, tout me parle de joie. Dans cette liberté des quatre femmes qui se moquent du noir des pleureuses de l'antique, et dans cette complicité des âges.

 

Encre Mauve, le 13 août 2019