P1020374Ma Petite, ma toute petite, elle m'a réveillée ce matin.
Je l'ai vue pour toi, d'abord lumineuse mais comme grignotée par la souris verte, tu sais celle qui court dans l'herbe et qu'on attrape par la queue.
Non, tu ne sais pas encore: je ne t'ai pas encore chanté cette chanson, ni personne je crois.

Et puis, doucement, elle a retrouvé sa rondeur, elle s'est parée de cette inimitable couleur.
Entre l'or le plus roux et la mangue savoureuse, dans son écrin indigo, cachée déjà derrière les plus hauts rameaux.
Un oiseau a filé, indifférent.
Elle est descendue doucement jusqu'à disparaître.

Un jour, plus tard, je t'apprendrai à te perdre dans l'infini du ciel, à découvrir les étoiles: nous marcherons la nuit, loin des villes pour contempler leur clignotement dans le velours tendu au-dessus de nous; je m'émerveillerai, avec toi, des couchers de soleil, de cette palette vivante que le soleil offre aux cieux, avant de partir éclairer d'autres continents, ces rouges, ces carmins, ces pointes de fuschia, ces orangés, ces vermillons, et cette émouvante touche de bleu pastel, vierge de tout embrasement; le soir tombera: nous découvrirons ensemble les mauves, les gris rosés, les violines, quelques pourpres encore et puis les bleus de prusse envahiront le jour et ce sera la nuit.
Les grenouilles là-bas se parleront d'amour et le hibou nocturne ouvrira ses yeux d'or.

Un jour, peut-être, raconteras-tu à ton tour à ta petite fille ce bouleversement...

Encre Mauve  21 janvier 2019