ciel_retouchée

Au temps de la guerre froide entre les deux grands blocs, américain et soviétique, les américains ont matraqué leur population et toutes les populations sur lesquelles ils avaient une emprise (financière la plupart du temps) de slogans agitant l’épouvantail de la peur du rouge.
Je ne les ai jamais connus ces slogans: mes parents étaient communistes! Eh oui, souvent, les gens modestes, c’était le cas, ceux qui n’avaient pas grand chose à perdre, et puis aussi certains intellectuels ou artistes avaient des sympathies pour l’idéal communiste.
Je les ai découverts plus tard.
Lors de mes études d’économie. Au temps où l’on enseignait TOUS les penseurs, tous les courants de pensée; Marx n’était pas aux oubliettes comme il l’est depuis des décennies dans les manuels d’économie. Les études d’économie sont désormais le lieu de la pensée unique; pas étonnant que la culture du management ait pu s’asseoir sur un terreau d’inculture pareil: il devenait naturel de marcher sur la tête de l’autre pour avancer dans la hiérarchie, d’appliquer des consignes et de les faire appliquer, etc.


Cette peur savamment orchestrée par les américains est toujours vivante; peur d'être dépossédés de leurs biens, voilà ce que craignent du communisme ceux à qui il fait dresser les cheveux sur la tête. Je l’ai découvert au hasard d’une conversation avec une de mes connaissances dont le père est ouvertement d’extrême droite et qui a forcément baigné dans la haine du « coco ».
« Tu te rends compte, m’avait-elle confié, nous aurions tous les mêmes maisons et moi, je veux pouvoir choisir»
Un fantasme d’uniformité. Une vision auto-centrée sur « mon » choix, « mon » projet, « mon » intérêt personnel.
Cette peur viscérale, c’est sur elle que surfent tous les présidents qui ont été élus depuis des décennies en France.


Le bloc soviétique a volé en éclats; le stalinisme l’a tué, mais pas seulement: les américains ont continué leur oeuvre de sape dans les consciences pour installer leur modèle de croissance qui conduit aujourd’hui l’humanité entière dans le mur de l’épuisement des ressources naturelles et de la dégradation du vivant, sols, eaux, flore, faune.
Des hommes comme Edouard Bernays, neveu de Freud, ont su utiliser les travaux de son oncle sur l’inconscient pour apprendre et réussir à manipuler les foules.
Alors, les hommes ont peur des idées communistes. Ils ne savent plus pourquoi ils en ont peur.
Se sont-ils rendus compte que peu à peu leurs acquis sociaux avaient été rabotés? Acquis sociaux ou plutôt conquis sociaux, car c’est de haute lutte que la plupart des lois en faveur des travailleurs furent votées, arrachées au patronat. Patronat qui se serait bien vu continuer comme au temps des premières fabriques, lors de la dite « révolution » industrielle, à faire travailler femmes, hommes et enfants dans des conditions d’hygiène déplorables, lors de journées interminables et sans vacances, sans filet de protection lors des inévitables maladies, et de la non moins inévitable vieillesse.


Ils ne s’en sont pas rendus compte.
Par contre, ce qu’ils observent, c’est que leur pouvoir d’achat s’est réduit comme peau de chagrin. Vérité objective.
Alors, ils ont revêtu des gilets jaunes. Et bien empêtrés dans leur légitime colère, ils peinent à élaborer les contours de ce qu’ils attendent vraiment.
Attendent-ils que la pression s’allège sur leurs revenus pour pouvoir continuer à vivre, tout simplement?
Attendent-ils que la pression s’allège sur leurs revenus pour pouvoir continuer à consommer comme avant? Tout comme avant. Sans se préoccuper des conséquences de leurs modes de consommation sur la planète (ce dont, soit dit en passant, les plus aisés se fichent comme d’une guigne, n’hésitant pas à s’offrir des vacances dans des destinations lointaines, roulant 4x4 et polluant gaiement).
Ont-ils en tête un modèle de société qui serait plus égalitaire? Qui serait protecteur pour le malade, l’handicapé, le vieux?
Imaginent ils un monde entier qui vive selon ces valeurs, de telle sorte que personne ne soit tenté de quitter son pays pour tenter de vivre un peu moins mal ailleurs?

Le repoussoir que représentait le communisme ayant disparu, enfin presque, le rouleau compresseur libéral peut continuer à laminer. Plus de raisons de se cacher. Il n’est qu’à observer le cynisme avec lequel certain président, considère les revendications de ceux qui sont à bout de souffle, chômeurs, infirmières, retraités, étudiants précaires pour enfin le réaliser.
Ce système n’est pas un système qui veut du bien à l’homme.
Et pourtant les premiers penseurs libéraux postulaient que l'intérêt général ne pouvait être mieux servi que par la poursuite des intérêts particuliers.
Le communisme voulait du bien à l’homme. Les penseurs marxistes postulaient qu'une société devait fournir "à chacun selon ses besoins".
Les appétits de pouvoir de quelques hommes ont perverti ces idéaux et cela a donné le capitalisme pour les premiers, le stalinisme pour les seconds.
Balle au centre? Oui! derrière toutes les guerres du siècle dernier, on peut lire les rivalités économiques d'un petit nombre d'industriels tenant de la pensée libérale. Et tous ces morts font bien le pendant des morts dans les goulags. Et je ne parle pas des laissés pour compte, ni des suicides des paysans indiens ou d'amérique latine, ou des infirmières de nos latitudes, ni des burn out et dépressions engendrés par un management par les coûts.


Peut-être serait-il temps de penser une société, un monde, respectueux des différences, des singularités, où l'intérêt de chacun serait pris en compte tout en respectant l'intérêt de l'autre, où des garde-fous sérieux seraient mis en place pour empêcher les avides de pouvoir (car il semblerait que ce soit inhérent à l'homme, quoique...) de faire vriller la société dans son ensemble, où les besoins de chacun seraient considérés dans la mesure où ils ne mettraient pas en danger l'équilibre collectif.
Mais peut-être faudrait-il aussi que l'homme sorte de cet état d'enfance, de ce besoin d'avoir, de se remplir et accède enfin à l'âge adulte, installé en lui-même avec confiance, aspirant à créer, à se nourrir de la beauté du monde, de la beauté de l'autre.
Sans changement radical, à la racine de l'être, aucun système ne sera bon pour l'homme.

Encre Mauve  Le 22 Novembre 2018