DSC05037

Ce texte d'Anatole France écrit en 1922 n'a pas pris une ride.
Hélas. Et ceux qui en revinrent et ceux qui y partirent ne furent à jamais les mêmes.
Même si certains s'illusionnèrent encore d'avoir servi fièrement leur patrie contre celui qu'on leur désignait comme l'envahisseur, malgré les chairs déchiquetées, les râles de douleur, les sanglots, les "mamans" murmurés avant que de mourir, le frère, l'ami défigurés à jamais et leurs gueules cassées, malgré le viol des femmes, les habits noirs des mères et des veuves, les chevaux et les chiens déchiquetés vivants, et puis les rats mangés, la boue collante aux basques, les vapeurs des gaz, ces Noël à guetter l'inaccessible étoile, muette au ciel plombé d'hivers interminables.

"Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mourraient. Ils en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l'ignorance des victimes est tragique. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Ces maîtres de l'heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes : des usines, des banques, des journaux."

Jusques à quand dormirons-nous ce cauchemar vivant pour permettre que s'assouvisse la soif de pouvoir de quelques nantis?

 

 

Encre Mauve 11 novembre 2018