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Né en 1888, il a vécu la guerre, cette guerre des tranchées, dans la boue, sous la mitraille, le gaz qui avait brûlé ses poumons, pas assez pour lui ôter l'envie de fumer.
Il en est revenu.
Il semblait toujours perdu dans ses pensées, taciturne. C'est ainsi qu'il est dans mon souvenir.

Il aimait la terre, sur laquelle il semait des légumes et des fleurs pour les offrir en brassées à ma mère et ma grand-mère pour leur fête en juillet.
Il aimait le ciel qu'il passait de longues heures à scruter, la nuit venue, l'été, se perdant dans les constellations, n'imaginant plus la présence d'un quelconque dieu: quand on a vécu l'horreur, il faut bien un miracle pour encore espérer qu'il puisse exister un ailleurs agréable.
Il passait, d'un pas lent, dans les allées du jardin.

Vivait-il? Je ne sais. Il eut cinq enfants dont mon père.
Et pour lui, comme pour ma grand-mère, l'horreur s'est ré-écrite, quelques 20 ans plus tard.
Deux de leurs fils, mes oncles, s'engagèrent dans la Résistance et en revinrent. Changés. Brûlés à leur tour.

Et l'on voudrait, avec cette mémoire que j'ai de lui, d'eux, que je ne me révolte pas contre la connerie des puissants, ou de ceux qui croient l'être parce qu'ils ont le pouvoir, parce qu'ils ont un peu plus de terre, de fric, que les autres et qu'ils font battre des montagnes, je veux dire, des petits, pour accroître leur part de terre, leur part de fric?

Aussi longtemps que je vivrai, je dénoncerai les injustices, et tout ce qui humilie l'homme d'une manière ou d'une autre, car il me semble que plus on a, plus on devrait donner.

 

Encre Mauve 10 novembre 2018