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 Il s'appelle A.B. Il est Assez Banal, somme toute, cet homme là. Un nervi nerveux comme tant d'autres. Il figure dans la garde rapprochée du monarque qui l'a AdouBé.
A d'où B ?
Cela sonne comme une formule mathématique. Une équation. La solution d'un problème.
Une solution qui deviendrait problème.
Il est là, à quelques mètres du maître, dans l'ombre de la lumière projetée. À côtoyer les sommets vient l'ivresse. Assez Basique comme conséquence.
Ivre, il est devenu ivre, lui, le petit gars de province, familier des rings de boxe plutôt que des dîners entre notables que fréquentaient dans d'autres provinces le couple qu'il ne quittait pas d'une semelle.
Par une espèce de transitivité -encore des maths!- il s' est approprié les prérogatives du roi.
Ce roi qu'il a vu, fasciné, marcher d'un pas décidé dans la cour du Louvre à l'assaut de la pyramide de verre. Napoléon pour Alexandre.

Ce roi, plein de mépris et de morgue, donneur de leçon aux plus jeunes – on se souvient de l'épisode du Mont Valérien- donneur de leçon aux plus modestes – on se souvient de l'épisode du costard- donneur de leçon à la France entière – on a encore en tête ce pognon de dingue reproché à notre système de protection sociale.
Ce roi, avec sa cour de députés, falots chefs d'entreprise, jeunes loups et louves, aux canines acérées, le suivant comme un seul loup pour le vote de lois toutes aussi iniques les unes que les autres.
Par effet d'homothétie- encore les maths ! - le petit s'est revêtu de la toute puissance du grand.

Le petit Assez Bien a cru être devenu l'Excellent Magnifique. Protégé par cette Etonnante Mansuétude il a dérapé. Couvert aussi par le silence complice d'hommes en armes à qui il avait emprunté les attributs- matraque, casque et brassard.
Tapant, frappant, laissant sa colère, son sentiment de toute puissance s'emparer de lui.
Dévoilant son ombre.
Ce n'est pas grave en soi de porter des ombres et même de les porter à la lumière, nous abritons tous des ombres, elles nous échappent parfois lorsque les projecteurs de la vie éclairent un peu trop fort nos vies.

Le grave n'est pas dans le dévoilement de l'ombre.
Le grave est dans la manière dont il a eu lieu. Et dans ce que cette manière révèle, en filigrane de ce que cet Alexandre a perçu de son Napoléon en vivant à ses côtés.
Une insupportable suffisance, un mépris royal des lois, de l'exemplarité, du respect dû à la chose publique. Chose publique dont nous constituons, chacun autant que nous sommes, une maille.
Le tricot se délite, les mailles filent. Bientôt le roi sera nu; il l'est déjà, tout le monde le voit mais il ne le sait pas encore. Quand viendra l'enfant qui osera dire "le roi est nu"?

Comment stigmatiser quelque casseur que ce soit quand on couvre soi-même quelqu'un dont l'attitude n'a rien à envier au plus minable casseur de banlieue ?
Comment rester crédible quand on croise les doigts pour que l'affaire soit tue et passée sous silence ?
Ce Napoléon nous a été vendu pour soi-disant nous éviter les méthodes fascisantes d'un parti dont le fonds de commerce est la haine de l'autre. Mais cet épisode révèle qu'il ne vaut guère mieux.

Charybde et Scylla.
Espérons que ce sera la Roche Tarpéienne pour Napoléon.

Parce qu'à tolérer l'Affligeante Banalité d'une petite frappe saoule de puissance, c'est celle du mal que l'on légitime. Et cela ne se peut dans un état qui se veut de droit.
Espérons également que jamais les députés acquis à cet homme ne lui signeront un blanc seing en validant sa réforme de la Constitution visant à accroître les pouvoirs présidentiels au détriment de ce qui peut rester de représentation populaire en l'institution du Parlement.

Espérons que nous ne passerons pas de l'Affligeante Banalité d'un AB, Absolument Basique, nous ne passions pas à l'Affligeante Banalité du mal tolérée par un Éminent Manipulateur, Étonnamment Médiocre.

Encre Mauve 21 juillet 2018