fleurs

Jolie rencontre ce matin.

Partie à pied au marché – trois kilomètres et demi tout de même- pour faire un peu d’exercice : oui, parce que je ne supporte pas le début de l’idée de mettre un survêtement pour aller courir, ni de m’installer sur un vélo d’appartement, ni un vrai vélo- j’ai peur, ni d’aller m’enfermer pour faire de la muscu, ni de retrouver des ptites dames de mon âge pour rigoler ensemble en faisant du tai chi ou autres pilates, bref, je me suis dit que marcher régulièrement n’était pas une si mauvaise idée.
Même si c’est en région parisienne.

Bref, partie à pied au marché, j’achète mes huîtres et mes crevettes et illico, je repars, avec l’idée de prendre le bus.
Las, je venais de le rater et le suivant était dans une demie heure – et oui, le samedi….

Je m’assoies donc un moment à côté d’une dame avec ses deux enfants. Un homme était là également à quelques mètres. Je questionne la dame sur le passage du bus et, avec difficultés, elle m’explique qu’elle venait de le rater.
L’homme s’approche alors, et s’excuse du mauvais français de son épouse. Et nous entamons un dialogue.
Autant vous dire tout de suite que j’ai pris le bus suivant !
Cet homme, né à Pondichéry, d’un père français et d’une mère indienne musulmane, me raconte la mort du père lorsqu’il avait douze ans, m’expose ses valeurs d’humanité, de paix, de tolérance.
Il me dit également que les français sont des enfants et ne s’intéressent pas assez à ce qui se passe dans le monde et laissent faire trop de choses. Je n’approfondis pas trop pour ne pas entrer dans un débat hasardeux.

Sa femme écoute. J’apprends qu’elle vient de la campagne et qu’elle n’a pas eu la chance qu’il a eue d’étudier plusieurs langues. Cinq, me dit-il.
L’homme parle. Beaucoup. Réalise qu’il a peut-être trop parlé : je n’ai fait que l’écouter ! Et s’excuse d’avoir trop parlé puis s’éloigne.

Le bus finit par arriver. Nous montons et nous asseyons de part et d’autre de l’allée centrale.
Arrive, à l’arrêt suivant, une femme avec un grand enfant en poussette.
Grand enfant manifestement handicapé mental. Je lui propose ma place. Elle refuse avec un sourire.
L’homme réalise à son tour qu’il pourrait laisser sa place, ce qu’il fait. La femme refuse.

Le bus roule. A un moment l’enfant s’agite. Je vois alors l’homme faire un signe de croix, toucher son cœur, embrasser ses doigts et les tendre vers l’enfant avec un sourire presque douloureux. Par deux fois, il répète ce geste. Je l’accompagne mentalement.
L’enfant s’apaise.
Je dois descendre. Je salue la femme et m’apprêtant à saluer l’homme, il me tend la main avec un beau sourire. Nous nous souhaitons mutuellement un bon week-end.

Etonnement de rencontrer un homme qui vient de là-bas, lieu qui me fascine du fait de la tendresse particulière que j’ai pour Sri Aurobindo dont l’ashram y est toujours vivant et la vénération indienne toujours aussi forte pour son œuvre.
Etonnement également d’avoir assisté à une scène de compassion gratuite, silencieuse et discrète. Bien loin des guérisseurs avec pignon sur rue.

Tout ceci pour dire qu'un autre monde serait possible, si nous additionnions nos sourires, nos attentions à l'autre, notre prévenance.

 

Encre Mauve le 24 mars 2018