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Au milieu des décombres, parée de haillons, elle s’avance,
Sur son front des lambeaux de nuages
Le sang a séché aux semelles de ses pauvres souliers
Son oreille croit entendre encore la voix
De ceux qui se noyèrent aux eaux sombres des mers
De ceux que les mines engloutirent
De ceux, gisant aux champs d’horreur, guettés par les corbeaux
Ses yeux, devenus écrans des scènes des violences
Faites à l’homme par l’homme
À la femme par l’homme
Aux adultes aux enfants.
Devant ses yeux défilent ces blessés et ces morts.

De ses yeux perlent et s’égouttent à gouttes des larmes
Océan insondable de sel et d’eau mêlés.
Ce sel, saveur du monde.
Cette eau de vie.
Unis dans la peine.
Océan matrice.
Océan tombeau.
Elle s’avance pourtant au milieu des décombres
Précédée dans le ciel des sept couleurs lumière
La sphère se révèle à l’horizon lointain
Esquisse d’une moitié
Encore à compléter.
Aux yeux qui savent voir, elle se montre
Aux oreilles attentives, elle raconte

Qu’au milieu des décombres, une femme avance
Malgré ses pleurs, malgré sa peine, marchant
Aimantée d’espérance, malgré tout, malgré l’homme
Une femme voyante à qui l’aigle prêta un jour ses yeux.
Au milieu des décombres, pieds et cœur en sang,
Elle s’arrête et écoute : ça marche tout autour…
Une armée s’est levée, de femmes et puis d’hommes
Ils ont vu l’arc au ciel
Et ils se sont levés
Pour colorer d’espoir
Le monde de demain.
Au milieu des décombres, main dans la main unis
Cœur au cœur reliés, ils avancent.
Ils ne mourront jamais.

 

MC juin 2016