pivoinesDimanche matin pluvieux.
Une nuit de pleine lune et d’orage tonitruant mêlés pour un cocktail vitaminé propre à tenir en éveil tout être normalement constitué.
Douceur. Le piquetis de la pluie sur les feuilles. Les arbres s’ébrouent. Une petite bruine en rideau estompe délicatement le lointain.
Foison de verts.
Les pivoines se penchent vers la terre, gorgées d’eau ; leurs opulentes corolles ne supportent pas le moindre caprice du temps. Leurs pétales emmêlés dégoûtent à goûtent.
S’en remettront-elles ?

Dans ce silence, et ce frais revenu, s’élèvent les chants menus des oiseaux. Ils ne sont pas de passage ceux-là, loin dans l’azur, le col empoudré de nuages. Ce sont les familiers, le merle et son sifflet, quelques rouges gorge, des mésanges affairées, des corneilles à la voix grave et les pies au cri grinçant et bien d’autres encore, cachés derrière les feuilles, troglodyte, chardonneret, geai… Cette nuit, j’ai entendu la chouette. Avant que le tonnerre ne vienne s’imposer dans le paysage sonore.
Et l’enfance surgit, ses souvenirs précis de ces concerts gratuits, de ces voix familières, affairées, joyeuses au jardin coloré du grand père, volée de moineaux, sifflets du beau merle, trilles des hirondelles, envol des étourneaux en draperies mouvantes.

Hier, bien cachée dans un petit espace délimité par quatre sapins, je me suis assise, jambes croisées, mon projet était de faire silence.
Ô le silence des mots est la première marche, celles qui viennent après semblent avoir été taillées par des géants pour des géants, tant le silence des pensées est autrement ardu à installer. Et je me sens si petite !
Alors, ne parvenant pas à les faire taire, ces redoutables bavardes, je me suis mise à écouter. Ils chantaient tous, célébrant la vie de cette surabondance de sons que seuls les oiseaux sont capables d’offrir au monde. L’espace d’un instant, je suis devenue oreille et puis plus rien. Le chant, les chants étaient. Et les oiseaux étaient leurs chants. Chacun. De manière unique. Comme une nécessité vitale. Le chant est à l’oiseau ce que le parfum est à la fleur. Gratuit et inutile.  Simple présence. Présent de l’instant au présent, à ma présence qui n’était qu’accessoire. Inutile elle aussi. Car ils auraient chanté que je sois là ou pas…

Puissé-je faire résonner mon chant sans me préoccuper d’être entendue, écoutée, que le temps soit au beau ou bien alors au gris…

 

MC mai 2016