DSC05181Il y a ce qui se manifeste d’instant en instant et qui créé la trame des jours, les évènements, ceux que l’on provoque, ceux auxquels on assiste, impuissant, démunis, ceux qui nous remplissent de joie, d’espoir et ceux qui nous font douter de l’humain.
Il y a ces miettes de vie, ces brins de rien, un chat qui dort, un chat qui va s’endormir dans son dernier sommeil après dix huit ans partagés.

C’est quoi le temps pour un chat ?
Se pourrait-il que ces dix huit années n’aient été pour lui que le recommencement jour après jour d’une nouvelle journée de découvertes et de familiarités, avec les odeurs, avec les lieux, avec le retour du maître ?
Six mille cinq cent soixante dix fois un jour nouveau…
Le même étonnement devant le moineau qui passe, la même rage de constater que le chat des voisins est encore en train de pisser sur ses plates bandes, le même empressement à voir se remplir la gamelle.

Mais pour l’homme ?
L’enfilade des jours semble à la fois unique et elle l’est pour chacun d’entre nous, et en même temps, monotone, si l’on n’y met pas de nouveaux livres à lire, de nouveaux films à voir, de nouvelles têtes à rencontrer, de nouvelles expos à arpenter, de nouvelles vacances à projeter, de nouveaux anniversaires à fêter. Le retour du printemps n’émerveille que les doux rêveurs. Pas sûr que les agriculteurs en soient émus au delà de la perspective des veaux à naître, des champs à ensemencer après les avoir traités.

Ce besoin du nouveau plutôt que le retour du même, de l’apparence du même nous parle de la poussée en l’être de ce qui le meut vers demain, de ce que l’on appelle l’instinct de vivre. Car qu’est-ce que vivre, sinon espérer ce qui vient.
Alors que ce qui vient est déjà en germe dans ce qui est.
Derrière le manifesté qui occupe le devant de la scène, une tension puissante qui anime les mondes, qui équilibre les forces.
Le vaisseau de la terre lancé à toute allure dans l’univers, y pensons nous d’ailleurs lorsque nous sommes allongés à l’orée du sommeil, à cette vitesse dans laquelle nous sommes tous et indistinctement solidaires, malgré nous ?
Nous devrions sans doute. Cela nous rendrait humbles, nous offrant en miroir le reflet de notre infime place dans l’univers.

S’abandonner aux forces qui meuvent le monde au lieu d’avoir la suffisance de prétendre laisser une empreinte, quelle qu’elle soit. Poussières que nos velléités de pouvoir, de reconnaissance, d’avoir. Prétentions que de croire que nous sommes plus qu’une poussière.

Redevenir simples. Simples comme ces plantes dédaignées mais dont les femmes que l’on brûla autrefois connaissaient les vertus curatives. Exprimer, comme elles, ces simples, son essence, son essentiel, son unique et spécifique essentiel. Pas pour briller, pas pour être reconnu, être célèbre. Non, pour donner le meilleur de soi. Pour sublimer son passage sur terre. Pour lui donner du sens. Et ce faisant permettre aux autres d’avoir envie d’en donner à leur tour. Pour exalter le meilleur de soi, donc sa beauté, son unique beauté, comme un chant d’oiseau mêlé au chœur des autres dans l’épaisseur des forêts.

Dans la forêt, on ne voit pas les oiseaux, ils sont cachés parmi les feuilles et pourtant leur concert, toujours unique, toujours renouvelé, donne à la forêt son charme.
Soyons l’oiseau unique dans la forêt du monde. Chantons notre chant. Nouveau d’instant en instant pour ajouter à la trame des jours, le fil de soie de notre présence unique au monde.

MC Mai 2016