12903822_10208792165064036_1707339505_oUn jour se termine.
Des vies aussi.
Là-bas, loin, là où le soleil levant se lève justement, mais à regrets.
Les épices, les saris rose indien, justement, les étoffes de soie, les longs cheveux de jais et ces regards de feu.
Plus près aussi.
La faucheuse recrute salement en ce moment pour son sale boulot.
Les Parques n’en peuvent plus de manier leurs ciseaux.
Sans doute sont-elles bien payées pour ne pas encore avoir décidé de faire grève.
Sur les grèves des rivages où dansait comme un fou de joie, Zorba, le libre, sur les grèves, s’échouent par centaines des corps.

Mais qu’ont-ils donc dans la tête, tous, ceux qui fabriquent les armes, ceux qui les vendent et ceux qui les achètent ?
Je connais un ingénieur de haut niveau, ô pas de ceux qui parlent haut et fort, qui vous toisent du haut de leur superbe, non, un ingénieur qui, travaillant pour une grande entreprise en a démissionné lorsqu’il a compris qu’il participait à des programmes d’armements.
Il n’a pas pu.
Il croyait que les paroles apprises étaient vérité, que Dieu est amour.
On aurait pu lui apprendre dans une autre famille, comme la mienne, que les hommes sont tous frères.
Cela aurait été pareil.
Il n’a pas supporté de se savoir menteur, de se savoir mentir.
Il n’a pas supporté l’idée de ne plus pouvoir se regarder dans la glace chaque matin et chaque soir.
Il a démissionné. Il est devenu électricien.

Mais qu’ont-ils donc dans la tête, tous, ceux qui fabriquent les armes, ceux qui les vendent et ceux qui les achètent ?
Ils n’ont sans doute jamais entendu parler d’amour ou de fraternité.
Non, sans doute jamais.
Ils n’ont sans doute jamais pris le temps de bercer un enfant, de s’émouvoir de sa beauté, de cette paix, de ces sourires en esquisse au milieu de ses songes.
Ils n’ont sans doute pas pris le temps, de contempler la beauté de la terre, ses paysages grandioses, de se laisser ravir l’âme par la splendeur des couchants, par la palette inouïe des prairies au printemps, par cette exubérance de la vie sous toutes ses formes.
Qu’ont-ils donc dans la tête ? Et pour quoi vivent-ils ? À quoi sont-ils drogués pour que leur champ visuel soit à ce point réduit, pour que leur cœur se réduise à un muscle ?
Le sentiment m’étreint de vivre dans un jeu insensé dont je ne peux pas croire que l’homme accepte de le jouer encore et encore, comme s’il n’avait pas encore compris qu’il a le droit d’exercer sa liberté de refuser d’anéantir son âme.
Un jour se termine.
Là-bas, plus près, tout près, des hommes, des femmes, des enfants, pleurent les leurs.
Là-bas, plus près, tout près, des hommes, des femmes, des enfants, vivent comme si de rien n’était, dans leurs bunkers dorés, dans leurs propriétés ceintes de murs hérissés de piquants ou bien de barbelés, sur leurs plages privées, dans leurs îles privées.

Un jour se termine.
Demain ?
Demain, il faudra résister à la tentation de faire comme eux. Il faudra s’enivrer de beauté, chanter la tendresse, sourire au passant, et préserver du temps, un peu, pour soi, pour reprendre des forces et s’en aller semer des graines d’espérance là où nos pas nous portent, tout près, ici, ou bien plus loin ou bien encore là-bas.

 

MC Mars 2016