les eaux de mars

Des océans furieux, je garderais l’écume, celle qui s’abandonne aux rochers en longue chevelure, celle qui mousse aux sables des plages solitaires, celle qui s’élance, sans douter, à l’assaut de l’azur en gerbe immaculée.

Des sources bien cachées, ce serait le glou glou, ce murmure silencieux de toutes les forêts, ce soupir discret, ce rêve de grand large, cette voix tendre et douce pour le voyageur hésitant.

Des étangs, ce serait leurs fonds sombres et noirs qui s’éclairent de lueurs émeraude quand le fils de l’homme attend, patient, l’ondine en son royaume, quand son regard d'amant traverse l'apparence et cherche la beauté aux fins fonds de la fange.

Je tairais les intimes secrets des rivières en fleur, avec leurs cabrioles, leurs débordements, leurs abandons féconds.

Quant aux fleuves puissants, je retiendrais leur chant, le souffle de leur passage sous les ponts des désirs, j'oublierais leur colère et leurs emportements.

Des mares aux canards, si discrètes, ignorées, j’emporterais l’image de la lune enchâssée au mitan de l’été, quand chantent à l’unisson les crapauds amoureux.

Du bleu des glaciers d’Islande, je me fabriquerais une robe aux longs voiles, dans lesquels se perdront les étoiles du ciel. Et puis je tournerais, galaxie devenue, une main vers le ciel, et l'autre vers la terre, le visage lavé de mes peines et de mes désirs.

Enfin je monterais, comme sur une échelle, sur le rideau de pluie, en gouttes de lumière, juste derrière l'arc en ciel, pour aller m’enfoncer dans le coton tout tendre des nuages et j’y passerais là le reste de mon éternité.

 

MC Mars 2016