vaguesIl est des blessures qui saignent en silence derrière des rires en éclat.
Elégance de l’élégante à son fauteuil clouée par la sale maladie.
La pensée nous sauve parfois de l’ornière dans laquelle elle nous a jeté.
Planche de salut en forme de tapis volant au-dessus des hautes montagnes, des îles égarées, des déserts de sable aux mamelles étouffantes, des villes de solitudes agglutinées.

Elle regarde et son regard se perd : l’herbe semble douce.
Ses pieds ne la fouleront plus, ils ne se mouilleront plus de rosée le matin au petit point du jour. Ce n’est pas grave, elle caresse des yeux ce reverdi tonique qui l’enivre.
Elle écoute : le vent murmure les fêtes du petit peuple ailé, il porte l’odeur du large ; où sont les gréements et les voiles claquantes, les panses remplies d’épices et de tabac des îles. Le musc et l’encens flottent parfois autour d’elle ; c’est un ange qui passe avec son encensoir. Elle ne le voit pas.
Un sourire habille son visage. À ses yeux, perle parfois une larme. Elle ne s’attarde pas. Elle avance. Elle est en vie. L’amour l’attend. Quelque part. Un jour. Demain peut-être.

Une fissure dans la façade.
Le soleil peut encore entrer même si elle est entourée de murs.
Une fissure, une seule et la lumière à flots.
Sa main éclabousse les grains de poussière devenus poudre d’or.
Enfant, c’est à cela qu’elle jouait dans son berceau. Les grands parlaient. Elle se taisait.

Elle est partie. Sans se retourner. Loin de ce pays de toutes les trahisons. Pensant les fuir. Elle est partie avec sa colère et sa déception, noyer son chagrin dans l’immense des flots. Qu’est-ce qu’une larme pour l’océan ? Un peu d'écume, diamant par la grâce du soleil, l'espace d'un instant.
Un peu de sa mémoire. Un peu de cette infinie liberté, de cet immense mouvement qui embrasse la terre et l’étreint comme un amant puissant.
Elle est allée chercher là-bas cet amour que l’homme ne lui donnait plus, ne pouvait plus lui donner, tant son âme était assoiffée d’amour et de tendresse, un vide jamais rempli. Jamais rempli. Malgré tous ses efforts. Et combien n’en a-t-elle pas fait d’efforts ? Ses longues nuits d’insomnie et ses cendriers dégueulant de mégots, peuvent en témoigner.

Ô ce cœur, ce corps et leur besoin d’être aimés, entourés, choyés. Leurs cris dans le silence des nuits.
Et personne pour les entendre ces cris, ces appels au secours, cette soif jamais assouvie, cet incendie jamais éteint. Personne pour étancher la soif. Personne pour éteindre le feu.
Ô sortir de cet enfer, de ce besoin.
Alors, l’océan.
Respirer par lui cette liberté dont désormais son corps l’a privée.
Fermer les yeux. Se laisser bercer. La vague vient et s’en va, emmenant au loin son vague à l’âme. La lame bordée d’écume ira mourir sur d’autres rochers que son cœur trop tendre.

Et la nuit ?
Elle est seule aussi, la nuit, dans le silence de cette grande maison où elle a trouvé refuge. Elle n’est pas triste.
Elle est juste un peu seule. Terriblement seule.
Elle n’est pas triste. D’ailleurs, elle n’a plus de larmes. La dernière, elle l’a offerte à l’océan. Elle ne veut plus pleurer. Elle ne peut plus se le permettre. Elle doit tenir. Elle va tenir.
Avec élégance. Car elle l’a toujours été.

 

MC Mars 2016