arbres_lumièreCe fut un instant silence. Ou bien peut-être deux.
Tout semblait suspendu dans l’instant, le temps ramassé sur lui-même comme s’il n’avait jamais existé.
De l’écorce des arbres au moindre brin d’herbe, tout était inondé d’une radiance étrange. Chaque endroit de l’espace semblait habité de cette vibration, de cette intensité d’être. Tout était être. Tout était présence. Sans insistance.
Et je n’étais plus. J’avais disparu, tout en étant bien là, absorbée par l’étrange spectacle qui s’offrait.
Je n'étais plus. Mes pensées s'étaient suspendues, pas de bruit murmurant, rien, un silence profond. Je n'étais plus, plus dans le fil de mon histoire, puisque en dehors d'elle, dans une percée d'un ailleurs que je ne savais nommer.
La magie s’estompa aux cris des enfants qui passaient.
Chaque instant de solitude me restitua ensuite l’intensité de ce que je ne pouvais nommer.
Cela dura quelques semaines. Et puis cela s’estompa.

Pas d’être de lumière, pas de voix pour me dire que faire ou ne pas faire, pas de message d’au-delà de nos apparences, pas de maître venu d’autres sphères, rien de tout cela.
La seule évidence : il n’y avait pas de place pour deux en cet instant, j’avais été évidée de moi pour pouvoir accéder à cette contemplation. Une fulgurance. Un feu, sans la brûlure en tant que telle mais avec la flamme toujours ardente et me tenant en vie dans mes âpres traversées . Et puis, la certitude, bien longtemps après des années à tenter de revivre cela qui ne peut s’enfermer dans une description, la certitude que cela est là.
Nous ne le voyons pas.
Pour le voir, encore faudrait-il ne rien attendre, tout en se tenant prêt à voir. Ne pas avoir fait d’hypothèses, ni de pré-supposés. Oublier ses croyances. Attendre le jaillissement mais sans attendre. Se tenir prêt mais sans pression.
Avoir lâché tout ce qui colmate en nous cette attente, la seule dont notre âme ait besoin de se nourrir pour entrer dans la joie.
Accepter sa béance comme une clé.
Mais lâcher aussi cette attente même. Puisque tout est là. Et ne s’ouvre que quand c’est nécessaire.

Et célébrer la vie, sachant que dans l’intime d’elle, reposent la lumière et la tranquille beauté de l’être.

Cela ne se reproduisit qu'une fois, de manière plus fugace. Expériences suffisantes pour tracer la trame d'une vie et lui donner de la densité jusqu'à ce jour. C'était il y a quarante ans. Parfois j'ai regretté que cela ne revint pas, que je ne puisse pas être absorbée dans cette qualité d'instant. Je ne regrette plus.
Ouverture. Fermeture. Il y eut un avant qui préparait l'instant. Il y eut un après dans lequel la vie coula, ayant trouvé son orient.


MC Mars 2016

 

Un moment seulement la lumière de Dieu peut rester:
La beauté de l'esprit illumine la vision humaine
Transperce de sa passion et de son mystère le masque de la Matière
Et prodigue l'éternité dans un battement du Temps.
Savitri Livre I. Sri Aurobindo