nuages-montagneUn jour, c’était en montagne, un torrent, une prairie, quelques fleurs, un air pur comme il se trouve là, loin de nos villes embuées de gris, et puis les hautes cimes encore poudrées de neige.
Le silence s'émaillait des cris aigus des marmottes et des aigles. Un silence, le silence, le vrai, celui dans lequel se dissolvent les pensées et les préoccupations.
Une chevelure blanche s’accrocha aux rochers, s’effilochant en traits, s’étirant dans le bleu et puis disparaissant en petits pointillés et sans cesse renaissant en gros rouleaux charriés par quelque vent porté le long de la haute muraille de pierre. Les rouleaux engendraient sans fin d’autres rouleaux. On eût dit que la mer s’était transportée là avec ses déferlantes toujours renouvelées.
Le soleil y jouait, caressant les rondeurs de ses doigts de lumière, laissant là posée l’empreinte de son feu, en ourlet de dentelle immaculée.
L’esprit était happé dans ce flot sans fin, cette mer de nuages qui cherchaient à passer, et revenait sur terre, ancré par la montagne. Contraste saisissant entre l'extrême fugacité de l'impalpable et évanescente nuée et l'immuable stabilité de la roche trouant l'azur.
C’est l’image de la vie qui se donnait à voir : élan renouvelé, re-création de l’instant par l’instant dans la joie jubilante de ce déroulement. S'ancrer, s'enraciner pour mieux accueillir le flot, l'inédit, l'inattendu.
Il n’y avait qu’à entrer dans la célébration, élever haut son âme et se laisser porter. Sentir l’aspiration. Se fondre dans le blanc. Se sentir si léger.
Disparaître enfin dans sa contemplation. Jubiler en union à ce ballet mouvant porté par d’invisibles ailes.
Oublier sa pesanteur ou mieux, l’épouser si fort et devenir montagne sur laquelle s’enroulent à leur tour des nuées. Mesurer sa faiblesse, entrer en démesure. Saisir l’insaisissable et se laisser saisir.

MC Mars 2016

Un grand merci à Alain A. dont la photo offre un parfait écho à mon souvenir.