chat-NEZMarcher à pas lents. Plus rien ne presse plus. Le temps est devant moi : quelques années encore. Nectar à savourer à petites lampées.
Les boucles se ferment sur elles-mêmes des anciennes histoires. Les au-revoir se disent, en mots ou en silence.
Les pages s’ébouriffent sous le vent du présent et se tournent, sans espoir ni envie de les relire encore.
Demain s’élabore dans le ventre du jour.

Un seul projet encore : honorer le beau, le juste, le vrai et les hisser jusqu’à mon soleil couchant. Que s’inondent d’or pur et de feu, les ombres restées tapies, les amours moribondes, les amitiés enfuies, les souvenirs amers, les attentes stériles, les heures désespérantes.
Que soient purifiées ces minutes sans vie où mon souffle seul et les battements de mon cœur me rangeaient encore au nombre des vivants. Que s’estompent ces entre-deux grisâtres où je n’étais pas morte, mais pas vraiment ici. Corridor froid et sombre où s’étiolait le temps.
Les saisons ont passé, le regain a poussé ; les vendanges furent belles et le vin doux à la goulée. Les nuits s’étirent un peu plus chaque jour d’imperceptibles minutes. Les bruits du monde se fondent dans un silence tendre. Le plaisir devient joie. Le fragile mute en force. Transformation.
Mes yeux caressent les visages tant aimés, emportant leur image dans un voile de tendresse. Sans le dire et sans peine.
Tout n’est plus que cadeau.

Se séparent de moi le futile, l’inutile, le stérile.
Ne demeurent que l’essence, le gratuit, le fécond, le léger, l’insignifiant. La douceur d’un regard. Le velours d’un nez de chat. Les clochettes du rire de la petite fille dans les jardin, plus loin. Le doré du soleil sur le tronc du bouleau et le roux de ses branches en attente des bourgeons. Le ballet des mésanges en prévision du nid. Ce bleu fade du ciel derrière le pin courbé. Le sourire éclaté du pianiste extasié. Le tendre du bois blanc au sol de mon salon. Trois notes de musique accrochées aux rideaux.

Je descends dans l’infime et j’y plonge mon être. Il ne demeure rien de mes peurs, de mes craintes. En cet instant suspens où la vie s’éternise.

 

MC Février 2016