bifronsAttention mesdames et messieurs, dans peu de temps, votre cerveau vous sera définitivement prélevé ; vous pourrez tranquillement vous réveiller dans un monde que vous n’avez pas vu se profiler.
Certaines Cassandre s’étaient pourtant échinées à tirer la sonnette d’alarme de différentes manières, les seins nus, en chantant, en écrivant, en peignant, en démontrant.
Elles n’étaient pas assez sexy sans doute. Ou bien leurs arguments. Ou bien les deux?

Moins sexy assurément que les people qui tiennent le haut du pavé.
Au fait le haut du pavé, vous savez, l’endroit le plus haut des rues, qui étaient plus creuses en leur milieu pour laisser s’écouler l’urine et les immondices, avant qu’il n’y ait le tout à l’égout, là où nous marchons encore symboliquement bien sûr.
Car tous ceux qui ne sont pas peopolisés, vous et moi donc, ils marchent dans la merde ; c’est là que ne les imaginent même pas les ceusses qui vont et s’esbaudissent sur le haut du pavé. C’est bien là que nous sommes, à les regarder vivre, par émissions grand public interposées dans lesquelles un bouffon déverse un plat de pâtes dans le pantalon d’un des salariés de son émission. Et nous rions.
Nous rions, ou nous nous indignons.
Nous n’avons rien d’autre à nous mettre sous la dent. D’ailleurs, de dents, en avons nous encore, moutons devenus, il nous suffit de quelques incisives pour brouter et de quelques molaires pour broyer. Pour brouter l’indigente moisson qui nous est livrée et broyer… du noir, sans doute, à bien regarder le chiffre d’affaires des entreprises qui, en France, vendent des psychotropes, anti dépresseurs, anxyolitiques et autres somnifères. 131 millions de boîtes en 2014 selon l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Un français sur quatre. Si on retire les enfants de moins de quinze ans, ça fait un français sur trois.
Un français sur trois...
Le soma du meilleur des mondes, inventé par Aldous Huxley, est passé de la fiction du roman à l'affliction de la réalité...

Parce que nous sentons bien que quelque chose ne va pas.
Vite, oublier, parce qu’il faut bien dormir, pour aller bosser, demain, quand on a la chance de bosser ou supporter l’état de précarité dans lequel le dernier licenciement nous a plongé.
Nous sentons bien que quelque chose ne va pas. Et pourtant si, on le sait, y’a eu les z’attentats et les méchants terrorrisses.
Oui, c’est vrai, l’ignoble a été commis, de la même manière qu’il est commis chaque jour dans plein d’endroits sur terre. L’ignoble n’est jamais acceptable.
Jamais.
Mais s’il n’est jamais acceptable, son traitement par les médias s’appelle un contrefeu, parce qu’il se trame un ignoble dont nous n’avons pas idée. Pour la bonne raison que les dits médias n'en parlent JAMAIS.

Cet ignoble s’appelle traité transatlantique. Ou TAFTA. Ou TIPP.
Un traité de libre- échange. Merveilleux libre échange qui a donné naissance à Europe dont on mesure les effets collatéraux sur le plan social.
Là. Maintenant.
Et dont il nous est dit que s’il ne fonctionne pas aussi bien qu’on l’aurait voulu, c’est parce que l’état, nos états, interviennent encore trop dans la vie économique. Il faut DERÉGULER, FLEXIBILISER et là, les chefs d’entreprise auront les coudées franches pour ajuster au mieux leur production, leur coût et pour maximiser leur profit.
Parce que le fondement de notre économie depuis deux siècles et demi, c’est ça, c’est la maximisation du taux de profit. Et comme le taux de profit a tendance avec le temps à baisser, il faut tout faire pour l’en empêcher, ce qui explique la mécanisation, l’automatisation, l’informatisation. Dans le même temps que les hommes pensaient arracher des acquis sociaux on les remplaçait par des machines ou par des travailleurs à l’autre bout du monde, suffisamment affamés pour accepter n’importe quelles conditions de travail et de rémunérations.
Le réservoir de main d’œuvre à l’autre bout du monde se tarissant, les machines ne pouvant être guère plus sophistiquées, et l’objectif de maximisation du profit étant resté le même, il fallait bien trouver une solution.

Cette solution elle est bifrons. Comme Janus qui regarde à la fois le passé et le futur. Ou bien la statue symbolisant la prudence dans l’église saint Pierre et saint Paul de Nantes.
Le futur : maximiser le profit. Encore et toujours.
Le passé : y revenir dans ce qu’il avait de meilleur pour les chefs d’entreprise : une main d’œuvre taillable et corvéable à merci.
Et oui, ils sont prudents et avisés. Et surtout ils ont le temps de penser. Et leur cerveau n’est pas endormi par les émissions de téléréalité dont ils abreuvent les foules.
Comment ça donc ?
Deux têtes ?

La première, elle est en route depuis le traité de Lisbonne en 2000. Elle essore peu à peu notre système éducatif pour le rendre plus efficace, pour que soient employables les petits puis les grands européens, pour que les produits européens soient compétitifs face aux produits chinois entre autres. Et dans le même temps, le tour de force est réussi de tenter de flexibiliser le marché du travail, dans un coup de frein terrifiant sur toute l’architecture de notre droit du travail, qui fait se retourner dans leur tombe tous les salariés qui ont fait grève des jours durant pour alléger leur temps de travail, rendre plus justes les licenciements, instaurer face aux employeurs un contre-pouvoir audible, installer des vacances, assurer la sécurité au travail, et j’en passe.

La deuxième, c’est le fameux traité transatlantique dont le contenu est tenu secret et est discuté dans le feutré des salles de réunion des plus hautes instances des USA et de l’Europe, sans concertation aucune des peuples qui seront pourtant concernés au plus haut point. Néanmoins, sous la pression de la médiatrice européenne saisie par des organismes représentant la société civile, certains éléments de ce traité sont dévoilés.
Pour ne citer qu’eux, citons une harmonisation des normes, le projet de supprimer certaines réglementations en matière de traçabilité alimentaire, et surtout les règles d’exterritorialité par lesquelles un état peut imposer sa législation sur le territoire d’un autre. Sachant que la législation européenne ne parvient pas à s’imposer aux USA, il est à craindre que l’inverse par contre sera possible. Rappelons de quelle puissance de tir font montre les entreprises américaines et comprenons que les projets actuels soutenus par le patronat français offriront un pont d’or aux entreprises américaines qui s’implanteront en France et en Europe ou qui inonderont, encore plus facilement, le territoire européen de leurs produits.

Pour aller plus loin, si mes quelques mots ont réussi à éveiller votre méfiance, je vous invite à lire l’article du Monde Diplomatique consacré au fameux traité : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803

 

Vigilance, mes ami/e/s

 

 

MC Février 2016