laporte

Le silence se fait. Le cœur de la maison palpite doucement.
Comme une transition entre le monde et moi.
Et le silence parle et chuchote sa joie.

Tout est là, donné, aux mains ouvertes et vides, aux cœurs en grotte chaude, aux yeux tournés vers l’intérieur comme ceux des tableaux de Modigliani.
Plus besoin de prendre ou de saisir à qui sait accueillir.
Les mots flottent dans l’air sur des rubans de soie, tissant une canopée bruissante de leur chant.
Ecouter puis entendre. Ecouter de tout son être et puis tourner en soi la clé de la porte du monde, celui du trottoir d’en face. Se laisser ensemencer, sans bien comprendre. D’ailleurs comprendre n’a aucun intérêt. Devenir pont levis, porte d’entrée ouverte sur l’au-delà de soi. Laisser les mots venir. Les tisser en tendresse ou alors en sagesse, avec délicatesse pour ne pas les heurter, pour ne pas froisser le sens qui apparaît en transparence derrière leur forme.

Être passeur de mots pour éclairer le jour, pour être un peu plus homme et apporter du sens au monde par sa compréhension.
Sentir qu’il y a urgence pour l’homme et en même temps que la vie, elle a tout son temps pour advenir encore, et encore, sous les formes les meilleures pour elle, pour se perpétuer. Mais sentir ce brasier, son souffle si puissant, à l’œuvre dans les racines de l’arbre qui se déploie en milliers de bourgeons, dans la lave qui couve pour engendrer les terres rares et les champs de diamants, dans les vagues qui roulent le grand parfum du large aux pieds des plages blondes des rivages du monde, dans l’enfant qui se hisse vers son destin d’adulte, dans la chenille enfouie au sein de son cocon.
Voir à l’œuvre la vie, inlassable et patiente, se dérouler sans fin depuis des millénaires, se sentir écrasé par cette immensité et puis rendre les armes, s’offrir à son œuvre, chercher tous les moyens de rester en vie.

Ô, ce n’est pas tant ne pas mourir qui compte, ni de rester en bonne santé, mais plutôt de combler du meilleur de soi-même, l’instant qui attend de nous le don de notre beauté. Rester en vie c'est rester vivant jusqu'au bout. Pour mourir vivant en quelque sorte. Parce qu'on a épuisé son content de jours.
À chacun de trouver quels bourgeons enfanter, quelles graines encore semer, de quels éclats de rire parsemer sa journée, quel émerveillement reconnaître et nommer, quels mots pour témoins.

Être passeur de mots, de rêves, d’images, de parfums, de musiques, de douceurs, de joies et participer ainsi au grand œuvre de la vie qui se donne sans fin.

MC Février 2016