alliance

https://www.youtube.com/watch?v=kNWX_XWsNYY

Le silence comme une voile caressée par le vent
Souple, lisse, empli de murmures et de chuchotis,
Le silence après l’enfilade des mots, des dits
S’installe, enfle, s’étire, se pose, s’étend
Matière vivante, toile tremblante encore de nos voix
De nos souffles mêlés, du doux de nos soupirs.

Le silence devenu vague, flotte le bateau de nos différends, en lui tout se résoud, s’absorbe, s’absout, ton regard plongé dans le profond du mien, le mien noyé dans l’eau claire du tien. Échange de lumières. Il demeure l’écho de ce que nous avons cru vrai. Et d’échos en échos, le son s’estompe et monte un autre son, une promesse d’infinies poésies, d’odes enfiévrées, de sonnets à en perdre le souffle, de mélodies extatiques.

Silence, langue de l’indicible quand le verbe peine à enchâsser ce qui ne peut pas l’être, ce qui ne doit pas l’être. Rossignol de l’empereur de Chine, sitôt enfermé, sitôt privé de son chant et de ses couleurs.

Silence au bout des chants, quand la dernière note se meurt en harmoniques après avoir dansé sur les voûtes des corps, silence pour dire encore ce que le corps ne peut dans sa cage de chair.

Silence cathédrale dans les forêts bruissantes de tous nos souvenirs. Y marcher lentement, s’arrêter en émoi : un rai de lumière à travers le vitrail des branches entrelacées dessine au sol un cercle parfait, brillant, lumineux. L’alliance tant espérée. Elle était là. Il suffisait de se baisser. Il suffisait d’un peu d’humilité. Se taire et se pencher.

Tendre la main, l’oreille et cueillir la merveille et se laisser cueillir vers d’autres lendemains. Pas de promesses dites. Retenir le feu dont la flamme du cœur s’élève vers les lèvres. Ne plus rien dire. Dire c’est trahir, c’est affaiblir le sens, c’est rendre plus fragile ce qu’il faut préserver. La langue est si prompte à l’accumulation.

Ô, ne trouver qu’un mot. Un seul. Un mot miroir vivant de ce brasier dedans.
En attendant, se taire. Rester lourd, comme un vaisseau chargé d’épices et de soies, sur les mers qui charrient leurs vagues à l’infini, lourd de mille richesses et les laisser grandir, encore, encore, encore.
Porter le mot en soi comme on porte l’enfant, ne le laisser venir qu’en son temps. Et renaître avec lui.

 

MC Février 2016