Colonne Djed« Merci d’avoir redressé la colonne Djed »

Voici la réponse que j’ai reçue d’une amie à qui je faisais part de certaines réflexions. Cette amie a coutume de travailler fort tard dans la nuit. J’ai d’abord pensé qu’elle avait mélangé ses réponses à deux courriers différents.
Et puis Djed…vraiment, ça ne m’évoquait rien, rien de rien.

Les colonnes Buren, oui.
Les colonnes Morris aussi.
La colonne Vendôme aussi.
Décidemment Paris est une ville traversée de verticales…au pied desquelles l’horizontalité sinueuse de la Seine répond en écho.

Mais les colonnes Djed ?

Djed…djebel…des souvenirs de la terre algérienne qui m’a accueillie trois ans me sont revenus. Djebel, montagne, massifs montagneux ; les Aurès, au printemps, avec leurs flancs couverts de lauriers roses, et leurs petits villages perchés, les femmes en tenue rouge et blanche, les longues nattes brunes, nous avions ensemble secoué un de ces tapis de laine qu’elles réalisent de manière encore artisanale. Nous ne nous comprenions pas : la langue faisait obstacle, mais le plaisir de rire ensemble nous avaient réunies l’espace d’un instant.
Djed…J’ai bien senti qu’il y avait de la langue arabe derrière ce mot, pensant au passage à ces langues sémites, l’hébreu et l’arabe, qui n’ont pas de voyelles pour faire sonner les consonnes et qui marquent le son par des traits ou des points en dessous ou au dessus des lettres. Merveille que ces langues dont le sens d’un mot s’éclaire par celui des mots possédant le même radical. Jeux de mots. Jeux de miroirs. La langue en échos comme dans les montagnes…

Alors, j’ai fini par comprendre que l’amie ne s’était pas trompée, et qu’en conséquence, il me manquait des clés.
Je me suis donc rendue à l’évidence et sur un moteur de recherches.
Je sais, ce n’est pas très élégant de juxtaposer à la suite d’un verbe deux prépositions de sens très différent. Cela s’appelle même un zeugma, un raccourci, une facilité linguistique. Mais ce n’est pas le propos !

Donc une colonne djed…
Ce terme provient de la mythologie égyptienne. Représentant à l’origine un arbre stylisé, il symbolise par extension la colonne vertébrale d’Osiris, dieu de la fécondité et de la résurrection. Résurrection, puisqu’après avoir été découpé en morceaux par son frère Seth, les morceaux sont rassemblés par sa sœur et épouse Isis auxquels, transformée en milan, elle insuffle vie à nouveau. Notons qu’au passage, elle reconstitue son phallus de toutes pièces, puisque l’original a été avalé par un poisson…
Le pilier djed symbolisant Osiris symbolise également la stabilité, l’enracinement mais aussi, comme tout arbre, la double appartenance, à la terre par les racines et au ciel par les branches.
Redresser le pilier djed c’est donc apporter une parole droite, enracinée et vraie. Ce que j’avais pris pour une erreur ou une étourderie de la part de ma correspondante s’avère être un compliment royal.

 

MC Février 2016