ciel grisLa brume effilochée aux bras noircis des arbres :
Encore combien de jours avant le reverdi ?
L’étang se faisait lisse et noir comme l’abîme,
L’ondin au doux sourire y était endormi.
Ô la lenteur des jours avant qu’il ne s’éveille.
Au mitan du grand bois, les fées traînaient leur peine.
Le petit peuple inquiet sous les roches humides
Se blottissait serré à l’orée de la nuit.
Plus un bruit, plus un son, l’absence de la lune,
Pas un vol de sorcières, pas de tambour frappé:
C’était la longue attente où plane encore le songe,
La marche sans orient dans l’obscur et l’humide.
Le corps semblait si lourd que l’homme aurait pleuré
Devant le long chemin encore à parcourir,
Seul, sous les yeux lointains des étoiles au grand ciel.

Depuis combien de jours, depuis combien de nuits ?
Le temps se faisait lisse et noir comme l’abîme.
L’aube hésitait blafarde à donner sa lumière.
La nuit revenait vite recouvrir tout de suie.
Tout était minéral et suintait le gris.
Au sol, la glaise lourde ralentissait le pas.
Au loin, une rumeur, le son de voix humaines,
Et puis des cris d’enfants, suraigus, apeurés,
Enfin, des silhouettes, sombres et agitées,
Une marée humaine à l’arrêt en attente.
Et devant elle, un mur, un mur d’acier piquant,
Un mur de barbelés de sinistre mémoire,
Un mur pour séparer une terre de l’autre
Et la laisser au seuil de notre société,
Un mur de rouleaux gris aux fils entremêlés

Et puis des mains tendues, et des visages blêmes
Et des regards qui vrillent du fond de leur détresse,
Descendus dans les nôtres avant de se noyer.
L’homme a rejoint la foule, il s’est mis à crier:
Nous allons tous mourir, nous voudrions manger.
Il a pris dans ses bras un enfant égaré,
Il l’a levé bien haut en hurlant il a faim.
Et rien ne s’est passé, les soldats apeurés
Ont serré leurs fusils un peu plus fort encore
Pour empêcher leurs larmes d’attendrir trop leurs cœurs.
Jusques à quand encore allons nous pouvoir croire
Que rien ne va cesser, que le temps peut durer
Pour vivre comme avant l’opulence et le luxe,
Si c’est au prix du sang et de morts par milliers ?
Jusques à quand encore le règne de l'argent
Conduira-t-il le monde dans cet aveuglement
Nous faisant tous complices d'une minorité?

 

MC Février 2016