tu pourras reposerÀ l’orée du bois sombre où les os fondent en cendre,
Une seule question s’élèvera, posée par les brins d’herbe,
Répétée en écho par les rochers patients,
Murmurée doucement par le glouglou des sources,
Soufflée aux quatre vents par les grands rugissants,
Brodée au coton blanc sur l’azur infini,
Chantée par hirondelles et autres martinets :

As-tu rempli ta coupe et poli ton miroir ?
Que tous les feux du ciel s’y mirent comme en eau pure
Que les douces mésanges y rajustent leurs plumes
Que les tendres grenouilles au printemps s’égosillent
As-tu rempli ta coupe et poli ton miroir ?
Qu’elle retombe en pluie sur la terre asséchée
Qu’elle nourrisse l’âme des voyageurs perdus
Qu’elle désaltère l’errant au mitan de sa vie.

Alors une autre question viendra :

As-tu fait résonner ton rire au fil des jours ?
Que les murs de ta vie soient colorés de joie
Que les oreilles amies résonnent encore, sans toi
Que le sombre ait cédé devant tant de gaieté
As-tu fait résonner ton rire au fil des jours ?
Que tes larmes envolées soient devenues rosée
Que le trop de sérieux se soit évaporé
Que tes craintes et tes peurs soient changées en fumée

Et puis une dernière :

As-tu senti ton âme défaillir en face de la beauté ?
Devant l’or des couchants et les aurores pâles
Devant l’écume blanche à l’outremer des vagues
Devant le paon en roue et ses ocelles fines
As-tu senti ton âme défaillir en face de la beauté ?
Devant le tout petit enfant au sourire angélique
Devant des amoureux tout ridés se regardant sans fin
Devant la main tendue à celui qui renonce.

Alors, à chaque oui que tu prononceras,
Les arbres danseront, le chemin brillera,
La haute canopée bruissera de mille chants
Les fées, les farfadets et les gnomes enjoués
Te prendront par la main, tu pourras reposer.

 

MC Février 2016