DSC08086Le chaos précède toujours un nouvel équilibre, m’a appris une amie scientifique. Et il faut donc en passer par là pour se transformer.
Ouvrir un cocon avant que le papillon ne soit prêt à en sortir, c’est s’exposer à voir un être hybride, plus tout à fait chenille, pas encore papillon. Un innomé qui ne pourrait survivre ni comme chenille, ni comme papillon. Innomé que l’on appelle toutefois chrysalide.
Et pourtant dans le programme de vie de la chenille, la totalité des compétences du papillon est enregistrée. Mais à mi-parcours, dans le feutré du cocon, la chrysalide n’est occupée qu’à une chose, sa métamorphose.
Ils sont beaux ensemble le mot chrysalide et le mot métamorphose.
Ils chantent. Le premier chante l’or que célèbre aussi le chrysanthème, fleurs des morts en occident, source de rires et de joie pour les japonais. Le deuxième évoque le passage d’une forme à une autre.
Être chrysalide. Accueillir ce chaos intérieur avec la certitude qu’il en émergera une autre forme. Passage de l’horizontalité pesante, de l’état de rampant à la verticalité enivrante, toutes ailes déployées au soleil de la renaissance de l’été.Ce passage se fait ainsi : « Sous l'action de substances chimiques, ou hormones, sécrétées dans la tête de la larve, les cellules primitives se désagrègent et le papillon adulte se développe progressivement à partir de centres minuscules appelés bourgeons imaginaux. » http://users.skynet.be/les.papillons/pages/la%20chrysalide.htm

Henri Corbin, philosophe français, a créé la notion d’imaginal pour évoquer la possibilité de l’âme d’accéder à la connaissance symbolique du monde des archétypes, un monde auquel ni les sens, ni l’intellect ne peuvent avoir accès. Un monde derrière le monde, ou plutôt en filigrane du monde. Rien à voir donc avec l’imagination. Un monde dont l’expérience peut être faite dans le silence intérieur.
Ainsi en est-il du silence dans lequel s’élabore le papillon dans le feutré du cocon doré, la chrysalide. Et le développement de la nymphe, c’est ainsi qu’est appelée la chenille enfermée dans le cocon, s’opère à partir des bourgeons imaginaux. Comme si ces bourgeons contenaient le programme de construction du futur papillon. Bourgeons que possède déjà la chenille avant de filer elle-même le cocon dans lequel elle va disparaître peu à peu, devenant substrat pour le futur papillon.
Etonnant aussi que les entomologistes aient désigné cette chenille promise à devenir papillon du nom de nymphe, jeune mariée en grec. Une promise donc.

Dans ce chaos que l’humanité vit actuellement, un entomologiste placé en dehors de la terre pour l’observer ne discernerait-il pas les prémisses d’un autre état du monde ? Avec un peu d’imagination, ne pourrions-nous pas regarder de plus loin les soubresauts actuels, toutes ces destructions, ces monstruosités parfois, comme la transformation de la chenille dans sa matrice dorée ?
L’homme porte en lui le désir d’une autre humanité. Cette vision puissante anime aussi bien les adeptes des religions monothéistes que les communistes ou les anarchistes les plus purs en passant par les grands visionnaires de l’Inde, des rishis à Sri Aurobindo, sans compter les chamans de tous les horizons.

La mort, que nous voyons à l’œuvre saigner à blanc les petits de par le monde et un jour inéluctablement les grands assis sur leurs trônes ou leurs tas d’or, n’est-elle pas qu’une étape dont un jour l’humanité n’aura plus besoin, puisqu’enfin devenue ce qu’elle peine à devenir, tant la lumière est tamisée sous l’épaisseur d’un cocon que l’on pourrait nommer croyances, superstitions, dogmes, pensées, mais aussi égoïsmes, peurs, replis sur soi, colères, appétits de puissance, perversions ?

 

 

MC Janvier 2016