lumière_arbres

Le poète l’a chanté à la femme : «  que serais-je sans toi ? » et puis il a proclamé «  la femme est l’avenir de l’homme ».
Jamais personne n’a écrit que l’homme ne pourrait être l’avenir de la femme.

La femme, victime de toutes les servitudes, de toutes les injustices, son intégrité physique parfois même bafouée par des consœurs  savantes, sous couvert de textes religieux ou de dogmes pondus par...des hommes,
la femme suspectée d’être alliée au diable et à ses frères, la femme niée dans son statut d’être pensant,
la femme qui plie et non rompt pas, et qui, pourtant, seule bien souvent, a le courage de rompre une relation engluée dans l’ennui,
la femme qui danse les pieds nus dans l’argent du clair de la lune pleine, qui chante avec les sources quand trop de plaisir lui vient, qui rit avec les gouttes de rosée au soleil du matin, qui recueille l’oiseau ou la souricette figés par les mâchoires du froid et leur fait une tombe de quelques feuilles mortes en versant dans son cœur une larme,
la femme qui a mal du mal de l’autre, même si l’autre peine à reconnaître sa propre blessure,
la femme, partie sans ruban de soie, fil d’Ariane vers le retour vers la lumière, qui se perd dans les labyrinthes de l’ami-e,
la femme qui fume, mange ou boit pour combler ce besoin impérieux d’engendrer lorsqu’elle n’a pas trouvé le chemin qui le lui permettrait,
la femme qui, la nuit, écoute le cœur de la terre, ses tremblements secrets aux entrailles de feu,
la femme qui sourit quand elle voudrait crier,
la femme qui entend les cris d’agonie qui enserrent la terre d’un réseau suraigu,
la femme qui sait associer les saveurs, les couleurs pour offrir le meilleur à l’invité qui vient,
la femme qui écoute et puis écoute encore les grands discours de l’homme, portée par le son cette voix qu’elle connaît si bien pour aller au profond de là où il n'ose jamais aller lui-même,
la femme qui ne cherche pas à être un autre homme et qui préfère l'or du couchant aux ors d'une carrière,
la femme qui écoute le son derrière le son, qui voit la lumière dans l’ombre, le parfait dans l’imparfait, intuition du sculpteur face au bloc de marbre, qui sent le parfum suave derrière les parfums masques, qui aime l’amour derrière l’aîmé-e, qui lit l’histoire de la terre derrière l’histoire de la terre, qui se désole de voir ce sang versé, le même, rouge comme le soleil un beau matin d’été, rouge du ventre fécond qui engendre la vie, rouge, le même, sous toutes les peaux, à tous les âges, n’en déplaise à certains esprits étroits et chagrins qui portent homme ou femme, la douleur d’être né-e,
la femme qui pleure avec celui qui pleure et rit avec celui qui rit,
la femme qui s’allonge de tout son long près de sa mère entrée dans le grand silence de l’absence, et qui offre son temps, sa chaleur, son être-là, dépouillée de tout vouloir , de toute attente envers cette mère même qui ne sut pas l’aimer ou qui l’aima si mal,
la femme qui s’attendrit d’une fossette aux joues de l’enfant de deux ans trimballé de foyer en foyer, de pays en pays,
la femme qui met au monde son enfant chaque seconde sans pouvoir jamais oublier ce cordon par lequel ils furent unis dans les lumineuses ténèbres de son ventre,
la femme qui défaille lorsque se défait le jour en explosions d’or, d’incarnat, de mauve et d’outremer, lorsque la vague roule dévoilant l’émeraude de sa courbe chargée d’écume immaculée, lorsque la neige dévoile à l’infini des champs de minuscules diamants, lorsque la lumière étire ses doigts à travers les nuages,
la femme qui s’émeut de la nuque si douce du chat, la femme dont l’âme se révulse lorsqu’une parole injuste peut blesser un enfant,
la femme qui se couvre de cendres lorsque meurt un enfant, de quelque pays qu’il soit, quelque soit le dieu auquel croient ses parents, ou l’absence de dieu, lorsqu’il meurt par la faute des puissants de ce monde, des puissants, des avides, des rapaces, des jamais rassasiés,
la femme qui s'épouvante des conditions dans lesquelles travaillent les hommes, les femmes et même les enfants dans certains pays du monde,
la femme qui ne parvient pas à admirer la réussite sociale et tout le cortège de faux semblants et de fatuité qui va souvent avec,
la femme qui s’émerveille lorsque son ami-e lui conte l’ami imaginaire qui lui parlait tout bas durant sa prime enfance, lorsqu’elle entend parler de lutins et de fées, de grottes mystérieuses peuplées d’êtres étranges, de pierres au cœur de chair qui viennent d’Uruguay, de chamans qui soignent en parlant aux esprits,
la femme dont les éclats de rire désarçonnent ceux qui se croient sages, à l’âme appesantie et font jubiler les enfants, les assoiffés de joie, les affamés de légèreté, les veilleurs de l’aurore,
tant que la femme sera toutes ces femmes, le monde ne mourra pas.

Parfois, les hommes sont des femmes. Ceux-là, je les chéris. Leurs entrailles à jamais vides de la vie que les femmes peuvent porter, leurs entrailles sont pourtant fécondes. Eux aussi portent le monde. Ils sont aussi mes sœurs.

 

 

MC Janvier 2016