Sablepas

Traces de pas.
La mer s’en va. Revient.
Efface les empreintes. Juste quelques creux plus sombres, là, sous les dernières lueurs.
Coquillages. Minuscules enroulements.
Signes secrets de cette puissance discrète qui enspirale les galaxies au loin, comme l’humble coquille au profond des océans.
Poussière d’écume sur le sable. L’eau. Le sel comme une larme au moment du départ.
Séché sur cette immense joue qu’est la plage.

Au loin poser son regard.
Masse mouvante.
Gouttes par gouttes. Vague par vague. L’océan.
Le vol des étourneaux est une vague aussi. Dans l’impalpable.
La lumière danse, danse, et s’envolent mille oiseaux libérés de leurs chaînes par la magie du regard qui contemple.
Ouvrir les bras, les pieds nus enfoncés dans l’humide, les yeux posés là où tremble le ciel pour épouser la houle.

Un pas, puis l’autre.
Un souffle empli de cet air du large qui conte tant de naufrages, de sourds chavirements, de corps à corps humides mais aussi tant de rêves de poivre, de vanille et de musc, de voiles ocre rouge à chavirer les yeux dans l’émeraude des mers chaudes.
S’estompent les frontières.
Être de tous les temps. En oublier son âge, l’étoffe de sa peau baisée par les embruns.
Mille petites gouttes en perles de jouvence.

Se donner aux grains de sable, enfin se poser.
Se perdre dans l’immense de l’eau reflété aux cieux lointains constellés de présences, fidèles lumières, boussoles des marins.
Se laisser flotter, bulle alanguie. Respirer au gré du respir des flots.
Abandonner ses peurs, ses doutes, ses regrets à chaque reflux.
Et grandir renouvelé dans le flux sans cesse recommencé.
Naître. Re-naître comme au premier matin. La joie aux lèvres et un parfum de sel pour unique vêtement.

 

MC Janvier 2016