Marguerite2Il est des rencontres dans une vie que l’on peut compter sur les doigts d’une main, tant elles sont le germe de notre à-venir, alors que nous ne le savons pas encore dans l’instant.
Ma rencontre avec elle est de celles-ci.
Mon corps était alors habité d’une maladie, hélas de plus en plus à la mode, une maladie auto-immune, dans laquelle le système immunitaire attaque une partie saine du corps, pensant qu’elle met en danger le corps.
C’est le boulot des globules blancs que d’œuvrer à l’éradication des ennemis. Pas de détruire le sain.
Et c’était dans mes yeux que se jouait le drame, avec une épée au-dessus de ma tête : la cécité et la perspective d’un traitement très agressif pour les reins : Charybde et Scylla réunis pour détruire définitivement la navigatrice que j’étais sur les flots de la vie.
Sur les conseils d’un ami orthodoxe qui la connaissait, je sollicitai un rendez-vous : elle pratiquait l’acupuncture.

Elle m’écouta, prit mes pouls (en médecine chinoise, existent douze pouls principaux, mines de renseignements sur l’état des organes, et en particulier de l’énergie circulant trop, trop vite, trop peu ou de manière juste, susceptible d’engendrer des pathologies plus ou moins graves).
Elle me plaça des aiguilles je ne sais plus bien où. Me laissa infuser. Le peu de paroles qu’elle avait prononcées et l’intonation de sa voix m’avaient enveloppée de douceur et de tendre compassion.
Avant même qu’elle ne revienne m’ôter les aiguilles, je sus qu’il me fallait à tout prix l’entendre à nouveau.
Elle revint. Je lui demandai si elle animait des stages.
Et oui, elle animait des stages. Joie !
-       Quand a lieu le prochain?
-       Cet été, en juillet.
-       Où ?
-       À Pierre Chatel.
-       Je peux venir ?
-       Oui, je crois qu’il reste des places.
-       Au fait, c’est où Pierre Chatel ? Et le stage porte sur quoi ?

Peu m’importait en fait. Il me fallait me nourrir auprès de cette femme.
J’avais pourtant effectué un parcours personnel roboratif, suivant un enseignement de théologie après un parcours universitaire en économie, puis reprenant des études de psychologie et avoir dévoré maints ouvrages de spiritualité, suivi des retraites de méditation diverses et variées, répété à l’envi des phrases sentencieuses glanées au fil de mes lectures, des différents conférenciers laïcs ou religieux que j’étais allée écouter.
J’avais soif d’une parole vivante, incarnée.
J’avais senti dans l’instant que les mots de cette femme naissaient de ses entrailles et étaient donc vivants.

Le stage portait sur les médecines sacrées. Le matin, séance de chi kong, le soir, elle prenait de son temps pour soigner chacun-e des participants.
Elle montrait les relations profondes entre les différentes traditions du monde, dévoilant l’architecture sacrée du corps relié au cosmos. L’infiniment grand et l’infiniment petit réunis au cœur de l’homme.
Je savais tout cela pour avoir suivi les enseignements d’Annick de Souzenelle. Avec elle, c’était autre chose. Non pas qu'Annick de Souzenelle n'incarne pas sa parole. C'est une histoire de rencontre et de reconnaissance dans la profondeur de l'être.
Ses paroles agissent comme une nourriture pour alimenter le feu sans jamais le rassasier, comme une invitation à creuser et creuser sans cesse.
À aucun moment, je n’eus le sentiment qu’elle se positionnait en mère spirituelle. Jamais. Jamais elle ne sembla s'ennorgueillir de toutes ses connaissances, alors que sa culture et sa curiosité l’avaient conduite à se mettre à l'école de maîtres de grandes traditions de l'orient et de l'occident pour ainsi recevoir leurs enseignements avec ce cœur assoiffé qui la caractérise.
Avec elle, on se reconnait soeur et pas fille. Comme une grande soeur qui aurait marché plus longtemps sur le chemin et qui délivrerait par son être-là-au monde la quintessence de son expérience. Elle donne tout ce qu'elle sait, tout ce qu'elle a appris, mâché, intégré, fait sien. Elle donne sans attendre quelque rétribution que ce soit. Elle donne comme l'arbre offre son fruit à qui passe et le cueille.
Et c’est donc une vraie transmission qui s’opère par elle.
Elle transmet ce dont elle a fait l'expérience, ce qui porte sa flamme plus haute chaque jour, délivrant son savoir pour le mettre au service de nos cheminements. Libre à chacun de la croire ou bien d'expérimenter.

Sa parole est de feu, avec le délicieux accent dont elle ne s'est jamais départie, loin de ces sirops sans corps qui dégoulinent à longueur de vidéos de développement personnel ou pire de spiritualité émanant de gourous auto-proclamés aux comptes en banque bien remplis, et qui mécaniquement asséchent ceux de leurs suiveurs, loin aussi de ces propos doctes d’intellectuels désincarnés du cheminement intérieur qui séduisent l’esprit sans donner aucune clé pour transformer sa vie, incapables qu’ils sont, dans un corps délaissé et mal aimé, même s'ils ont adoré s'adonner à des danses charnelles avec épouses et maîtresses, de transformer la leur, loin de ces conjectures savantes sur les vies d’avant, les vies d’après, les flammes ceci, les portails cosmiques et tout ce fatras pseudo spirituel qui déconnecte les êtres de la réalité aussi sûrement que les émissions de téléréalités et les programmes du samedi soir !

Car elle renvoie toujours celui-celle qui l’écoute à lui-même, à son propre chemin, l’encourageant à rencontrer son génie propre, son ange –même si le mot peut paraître connoté religieusement- à faire fructifier ses talents, à oser le Nouveau, l’inédit, à quitter les idées que l’on forme sur soi, à se dépouiller même de ses expériences intérieures auxquelles nous sommes bien souvent plus attachés qu'à la vérité et à l'inédit eux-mêmes, pour vivre au plus près de l’instant, libre du passé, sans attentes de l’à-venir, le regard porté sur l’Aurore, la naissance du jour de l’Homme. Ce jour dont l’humanité est enceinte,  que la plupart des hommes et des femmes ignorent superbement, dont d’autres ont renoncé, découragés, à hâter la venue et dont certains rêveurs- rêveuses, incorrigibles amoureux- amoureuses poursuivent dans leurs quêtes, leurs actes, leurs coups de gueule, leurs cris d’espoir, leurs créations, inlassablement.

Cette femme, elle est vivante et elle fait partie des Vivants. Son verbe est vivifiant, il insuffle du feu. C'est une initiatrice au plein sens du terme; elle conduit à l'intime de l'être, puis vous lâche la main et vous laisse marcher.

Suivre le chemin qu’elle indique, et à nous de fabriquer son propre et unique chemin, c’est prendre le risque de devenir enfin vivant…

Merci d’être, Marguerite, sœur de feu.

 

 

MC Janvier 2016

 

PS vous pourrez assister aux ateliers qu'elle anime un jeudi soir par mois au Forum 104, à Paris, 104 rue de Vaugirard.