david bowie2J’écoute les chansons de David Bowie.

https://www.youtube.com/watch?v=qlZITSZ_Iug

Oh, je ne suis pas une spécialiste. Tant de personnes, beaucoup plus compétentes que moi, ont rédigé des articles montrant leur parfaite connaissance des créations et du monde de cet homme. Je me rends compte que mon père, par idéologie, nous avait coupées, mes sœurs et moi de tout ce qui émanait de près ou de loin des États Unis.
De ce fait ma culture musicale est bancale. Il me manque des pans entiers pour pouvoir apprécier l’étendue du talent de ces artistes. Mon oreille n’est pas assez éduquée non plus.

Cependant, j’écoute et je visionne les vidéos.
J’ai ressenti la même impression lorsque j’ai découvert Freddy Mercury.
J’ai vu ces hommes, seuls face à une foule immense, en liesse.
J’ai mesuré leur solitude et le poids des attentes pesant sur leur personne.
Leur entrée en scène, quelque chose de l’ordre de la tragédie antique, le héros sur qui convergent tous les regards, pour qui battent tous les cœurs.
Quelque chose aussi confinant aux mystères, à ces célébrations en forme de communion, la foule enfin réunie par la grâce d’un être vibrant plus fort et plus haut qu’elle.
Quelque chose de l’ordre de la transmission initiatique, puissante.
On les regarde. On devine qu’ils savent. Ils sont entiers dédiés à cette mission qui les habite : donner, laisser entrevoir ce qu’ils ont contemplé.
Moïse descendu de la montagne, de cette vision de feu pour apporter les brandons enflammés au peuple resté dans la plaine.
Vainement on scrute ces visages, David Bowie, Freddy Mercury, pour y lire l’empreinte de ces rencontres fulgurantes. On n’en trouve que des traces. On reste sur sa faim. On écoute à nouveau. Et encore et encore. Et puis on les voit.

Ils deviennent géants, emplis d’une densité surhumaine, chaque parcelle d’eux habitée de ce à quoi ils se sont abreuvés, de ce qu’ils ont engendré et qu’ils livrent dans des spectacles hallucinés. Mercury en sueur et Bowie en retenue.
Ils matérialisent ce à quoi le commun des mortels, nous les sans talents de base, n’auront jamais accès, une vie portée à son incandescence pure, une forme d’enstase dans laquelle l’être ne s’appartient plus parce qu’il est devenu ce à quoi il s’est uni.
Ecouter leurs chansons nous laisse en permanence en manque. Car ce ne sont pas seulement de jolis morceaux de musique, de belles paroles, c’est infiniment plus. Infiniment car de l’ordre d’un infini qui se condenserait sous une forme acceptable pour que nous soyons capables de le goûter un peu, et le goûtant un peu d’en avoir faim et soif à jamais.

Voilà pourquoi ceux qui entrevoient par eux ce qu’ils ont entrevu se sentent orphelins de leur présence.
C’est qu’ils ont conscience de ce cadeau vivant qu’ils apportaient sur scène, habitant chaque note, chaque mot d’une intensité toujours nouvelle et renouvelée.
C’est le même manque qui s’empare des amants lorsque le plaisir sonne la fin de la danse des corps,  de cet insaisissable et fugace sentiment d’union. Qui renvoie chacun à l’impossibilité matérielle de l’ultime fusion, de l’entrée définitive dans le feu qui abreuve l’âme au-delà du corps.

C’est d’amour qu’il s’agit. Et ça brûle. Et si les larmes coulent, c'est que leur feu nous manque pour pouvoir les sécher.

 

 

MC Janvier 2016