1496218_1258293624184564_4430821301921749809_oIls marchent. Ils avancent à pas lents au sommet de la dune, là où se rencontrent l’intense de la lumière et le dense de l’ombre. Leurs empreintes se lisent sur le sable encore humide de cette nuit.
Le soleil caresse avec tendresse les formes rebondies que le vent a sculptées dans sa danse tourbillonnante. Le sol se colore de mille nuances d’ocre, de l’abricot au roux, en passant par l’or et le jaune. Le sombre se fait violet profond, et par là bleu de prusse. Et le ciel qui s’étire les enrobe de rose et d’incarnat pourpré.
Malgré le jour et à travers les nuits, une lueur puissante a guidé leur chemin.
Ils avancent vers elle, aimantés, comme l’amant heureux, le cœur en cabriole et au profond une joie qui ne s’éteint jamais.
Ils avancent, mûs par une certitude indéracinable, installée en leur être depuis la tendre enfance. Certitude qu’un jour, ils trouveraient le sens des sens, le secret des secrets. Ils ont scruté les livres, observé bien des peuples, ils ont conquis des terres, amassé des trésors. Tout cela ils l’ont fait, mais à l’intérieur d’eux.

Les livres, le flot de leurs pensées incessantes et changeantes.
Les peuples, leurs émotions multiples et foisonnantes.
Les terres, ces lieux cachés en eux qu’ils ne soupçonnaient pas.
Les trésors, les talents qu’ils portaient et qui n’attendaient que leur assentiment pour éclore au monde.
Ils ont creusé en eux, profond, avec le cœur en flamme pour unique lumière.
La traversée fut rude et parsemée d’écueils. Tant de fois ils furent ballotés de Charybde en Scylla. Mais ils tinrent leur cap, malades ou bien meurtris.

Un jour, ils furent certains : il leur fallait aller sur les chemins du monde, riches de leur science, de leurs trésors. La lueur de leur cœur était devenue telle qu’elle s’offrait à leurs yeux partout où ils allaient, irradiant sur le monde une lumière tendre.

Ils s’en allèrent alors marcher dans les déserts de la terre, des bidonvilles aux cités, des centres commerciaux aux tout petits villages, partout où rencontrer les humbles et les doux, ceux que personne ne voit plus, ceux qui ne résistent pas au couteau du boucher, ceux qui ne sont pas loups, ceux dont les dents jamais n’ont rayé aucun parquet, ceux qui marchent lentement les chemins caillouteux de la terre des hommes, ceux qui se taisent parce qu’on ne peut contempler avec des mots aux lèvres les levers et les couchers de soleil sur les hautes montagnes lorsque s'embrasent les voiles des lointaines nuées en draperies soyeuses où le parme avec l'or se marie dans des champs de sanguine orangé, ceux qui ne savent pas lire ou pour qui les mots écrits sont autant de mystères, ceux qui croient les promesses des puissants de la terre, ceux qui n’y croient plus guère et fourbissent colères et rancœurs , ceux aussi qui se déguisent en hommes pour mieux cacher leurs ailes et dont les yeux descendent dans vos profondeurs secrètes, vous enveloppant de tant de tendresse qu’enfin vous pouvez dire que, oui, l’amour existe.

Et dépouillés d’eux-mêmes, ils offrirent l’or de leur sagesse, le feu de leur prière et le parfum d’éternité, à cet enfant qui dort au profond des montagnes, là où les voyants de l’Inde le découvrirent un jour, et à cet enfant patient que nous abritons tous, parfois très loin enfoui, celui qui, en nous, a soif de beauté, de joie, de générosité et dont les yeux sont encore capables d’émerveillement.
Ouvrons les yeux, ils sont là, tout près. Ils chuchotent à nos coeurs leurs rêves d'humanité.

MC Janvier 2016

Photo aimablement prêtée par A. Autechaud, qu'il soit ici remercié de ses partages de beauté.