flamme_brûlePrends soin de ta flamme.
Couve la ardemment. Nourris la de tes émerveillements, de tes colères, de tes joies, de l’appétit de savoir.
Au cœur de cette flamme habite ta beauté. Telle une graine vive déposée dans la terre, elle exerce en ton être sa poussée continue. Pas un instant de vie où elle ne cherche à éclore.
A travers tes échecs, tes errances, tes peurs, elle se fraie un passage dans ces terres désertes où l’humide du désir n’est qu’une trace sèche aux lèvres de ta blessure.
Imagine la force qu’il lui faut déployer pour continuer à tenter d’imprimer sa marque alors que tu la fuis, ou même tu ignores jusqu’au commencement même de son existence en toi.

Derrière chacun de tes sourires, elle est là.
Derrière chacun de tes gestes gratuits, elle est là.
Chaque fois que tu donnes sans attente de rien, elle est là. Chaque fois que tu écoutes sans avoir envie de parler de toi.
Dans la douceur, elle est là.
Dans la force tranquille, elle est là.
Dans la simplicité, elle est là.
Dans l’élan qui te porte à saluer le jour quand le ciel s’ensoleille et que les fleurs se couvrent de promesses de miel, elle est là.
Derrière le chant qui monte en toi quand le couchant embrase l’horizon, loin là-bas, elle est là.
Dans l’effort que tu mets à t’effacer pour l’autre, elle est là.
Dans l’évidence qui t’évide, elle est là.
Dans le don de ton temps au souffrant qui s’éteint, à l’enfant qui s’éveille, au mendiant qui trottine, au vieillard qui geint, à celle qui se plaint d’un homme trop violent, à celui qui désespère de trouver un travail, à celui que l’amoureuse méprise d’un regard ou de paroles sèches, à ceux qui ont laissé leurs racines bien loin, et qui souffrent de n’avoir plus de sève pour continuer à croître, au malade enfermé dans son corps de douleur ou son cœur de détresse, dans le don de ton temps, elle est là.
Dans ce qui chante en toi, elle est là.
Dans ce qui danse en toi, elle est là.
Dans ce qui peint en toi, elle est là.
Dans ces mots qui se donnent à ta main qui écrit, elle est là.
Dans l’attention que tu portes au plat que tu prépares, elle est là.
Dans le soin que tu mets à faire beau ton jardin, elle est là.
Dans l’admiration que tu portes à ta belle orchidée, elle est là.
Dans chacun de tes gestes, s’il s’accompagne de toute ta présence, elle est là.
Dans ce qui te donne la joie la plus vaste, dans ce qui dilate ton cœur, elle est là.
Dans ce que tu aimes faire et dont tu ne te lasses pas, elle est là.

Prends soin de ta flamme.
Elle te porte toujours au sommet de toi-même. Elle est un feu qui ne brûlerait pas et qui n’apporterait en partage que sa chaleur vibrante. Vie de ta vie, silencieuse et discrète, humble et secrète, si tu te mets à son écoute, elle s’offre et se donne et grandit. Elle repousse bien loin les ombres de ton être, tes turpitudes, tes lâchetés, tes abandons, tes peurs, tes remords, tes mensonges, tes doutes, tes sécheresses, tes insensibilités.
Elle guérit tes blessures et te restaure dans l’essentiel que tu abrites depuis que tes yeux se sont ouverts au jour, depuis que ton souffle s’est mêlé aux souffles des vivants.
Elle t’accompagne dans le passage de l’enfance à l’enfance retrouvée, à travers cette étape que d’aucuns appellent l’âge adulte et qui bien souvent est un temps d’ombre et de sommeil profond.
Rien ni personne ne peut la remplacer.
Rien ni personne d’autre qu’elle ne peut te placer au sommet de ton être.
Rien ni personne d’autre qu’elle ne peut t’apporter plus de joie ou de paix.
Mais rien ni personne d’autre que toi ne te coupe d’elle.
Toutes les excuses que tu te donnes pour ne pas l’écouter sont fausses.
Elles sont des prétextes pour ne pas avancer. Elles ne sont que les masques de ta peur devant son exigence de te propulser au sommet.
Les parents trop ceci ou pas assez cela, des enfants trop ceci ou pas assez cela, des enseignants trop ceci ou pas assez cela, des voisins, des amis, des cousins, des conditions de vie, tous ceux et tout ce derrière quoi tu te caches pour rester dans ton inconfort sont excuses encore.

Ta beauté est là. C’est elle qui peindra tes traits le jour de ton dernier voyage, comblant tes rides et apaisant ton visage. C’est elle que les voyants devinent derrière ton apparence.
Elle est là, vive flamme, âme de ton âme, vie de ta vie.
Elle avance, main dans la main avec la vie, messagère de la vie, t’inspirant tes rêves les plus beaux, les émois les plus puissants.
Retourne toi et lis le livre de ta vie. Tu la verras en filigrane de tous ces instants intenses où tu t’es senti exister bien plus que d’habitude. Ces instants sont sa trace, son empreinte secrète.
Déchiffre les. Toi, seul/e, a la clé.
N’attends rien du dehors. Tout est là, en toi. À ta portée.
À toi de jouer ta mélodie, l’unique, que personne, à part toi ne peut créer.

Prends soin de ta flamme.

Brûle.

MC Janvier 2016