horloge rondeLe troisième leurre est spirituel. Si l’on ne peut nier que dans chacun des textes fondateurs des grandes religions et des philosophies de sagesse, on peut trouver des pépites d’or et des pierres précieuses, on peut par contre observer la collusion entre la prise en main du spirituel par des appareils, des institutions et le temporel qu’ils servent obséquieusement.
Le formatage des consciences est inscrit dans la nature même des institutions religieuses. De même que les chercheurs en management ont mis en évidence la nécessité de l’existence d’une culture d’entreprise pour fédérer les énergies de ses salariés, de même dans les institutions religieuses a-t-on uniformisé les croyances et ritualisé les comportements.
Il est tout de même surprenant qu’aucun de ces créateurs d’entreprise célèbres, très paternalistes voire patelins dans leur manière de s’adresser à leurs salariés, aucun de ces chefs d’entreprise, fréquentant pour la plupart, les offices de leurs religions, n’aient eu l’idée que les conditions de vie au travail, les conditions de vie tout court ainsi que les salaires octroyés étaient totalement en contradiction avec certaines des injonctions de leurs textes sacrés. Je n'évoque pas ici le croyant lambda. Il est parmi d'authentiques fervents.
«  Tu ne feras aucune idole » et l’argent amassé pour lui-même n’est-il pas une idole?
«  Tu ne tueras point », faire travailler ses semblables sans considération de leur santé, de leur âge, ce n’est certes pas tuer, mais tout de même? Alors seule la lettre du texte compterait ?
Puis, « tu aimeras ton prochain comme toi-même »…Ah, si cette phrase avait été appliqué comme le fît saint François, sans compromission, la face du monde serait bien différente.
Et cette terrible cette injonction de Saint Paul : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre coeur, comme à Christ, non pas seulement sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais comme des serviteurs de Christ, qui font de bon coeur la volonté de Dieu.… » Alors, la volonté de Dieu serait d’obéir à ses maîtres, avec crainte et tremblement?…
Comment respecter l’injonction d’aimer son prochain et dans le même temps de se savoir respecté avec crainte et tremblement. Cette phrase est insupportable. Elle légitime les échines brisées et les vies de misère que nous voyons défiler au fil des siècles dans notre occident chrétien.
Comment peut-on encore penser que la royauté serait une issue pour les peuples ? Insupportable vision d’une humanité à deux vitesses, les puissants qui amassent et font travailler les autres, ne leur permettant jamais d’accéder au niveau d’accumulation matérielle auquel ils sont parvenus.

Dans un registre parallèle, il se développe tout un corpus d’écritures émanant d’éveillés auto-proclamés qui vendent de manière fort judicieuse, et leurs écrits, et leurs conférences, et parfois même des temps de silence où il est loisible de les contempler. De ce corpus se dégagent une série d’idées laissant penser que ce qui arrive à chacun est dû aux erreurs qu’il a pu commettre dans des vies antérieures, que tout le monde a les moyens de changer sa vie pourvu qu’il en fasse la demande à l’univers ET qu’il n’ait pas le moindre doute que sa demande sera entendue SI elle est juste.
Mais, quelle est l’idée sous jacente véhiculée par ce discours ? Si on est malheureux dans son travail, voire malade c’est qu’on en est responsable. Plus aucune revendication sociale ne trouve alors sa place. Plus de remise en cause possible d’un système assassin et profondément injuste, qui bafoue l’image même de l’homme par le mépris dans lequel elle le tient.
Ces croyances peuvent ainsi permettre en toute bonne conscience de ne pas prêter attention plus que ça aux misères que traversent les plus pauvres de la planète, de ne pas être choqué d’inégalités salariales scandaleuses, de garder les yeux rivés sur plus haut pour justifier des plans de carrière et une ambition dévorante, et d’être, dans le même temps, surpris de la montée de l’insécurité, des incivilités qui sont des soubresauts que le parcage loin des richesses et des perspectives d’emploi peut largement expliquer. Même s’il ne les justifie pas.

Ainsi, les institutions traditionnelles et les courants pseudo spiritualistes conduisent-ils au même comportement de celui qui se lave les mains de tout ce qui pourra survenir désormais.
Toutes ces idées sont en parfaite cohérence et en parfait synchronisme avec le néo libéralisme qui s’est répandu comme une peste sur la terre.
Le troisième leurre est moins patent. Mais il est. Et redoutable efficace car sournois et pernicieux.

 

Il est l’heure de balayer les leurres et de se demander quel visage de l’homme nous voudrions promouvoir pour le monde de demain, ce monde dans lequel grandiront nos enfants et petits enfants.

 

MC Décembre 2015