horloge ronde

Se pourrait-il que nous soyons assez aveugles pour ne pas voir que les masques sont tombés ? Pour ne pas aspirer à vivre autrement sur cette terre ?
Pourquoi les hommes acceptent-ils aussi facilement tous les leurres qu’on leur tend pour oublier si vite qui est l’homme ?
Les leurres sont à la fois matériels et spirituels.

Le confort est le premier des leurres matériels, ce confort qui m’est si agréable, à commencer par moi qui m’énerve derrière mon clavier ! Pour avoir partagé quelques années de ma vie avec un homme qui avait choisi d’aller s’installer dans la France profonde, j’en sais quelque chose. Non, non, je n’avais pas participé à cette émission qui, à l’instar de ses homologues, fait de nous des voyeurs, je veux dire « l’amour est dans le pré ».  Non, cet homme avait décidé qu’il serait mieux à vivre dans un petit village. Dans sa maison, de l’eau froide, pas de toilettes,  des courants d’air, pas de chauffage sauf quelques chauffages d’appoint qui ne suffisaient pas à chasser cette impression tenace de froid et d’humidité, mais qui laissaient le givre dessiner sur les fenêtres, à l’intérieur aussi, si, si, d’élégantes volutes qui s’estompaient quelques heures pour être remplacées par d’autres dès le soir venu. Il me semble que j’aurais pu supporter si le monsieur n’avait pas eu un caractère si belliqueux qu’il me menaçait, par moment, d’en venir aux mains lorsque je détricotais ses argumentations point par point. Je n’étais pas prête à assumer les deux difficultés en même temps…
Mais toujours est-il que ça m’a semblé bien compliqué d’avoir froid tout le temps, de ne pouvoir m’installer confortablement pour dessiner, peindre ou lire. Je plains ces peuples que la guerre chasse sur les routes en hiver, à la merci d’une hospitalité aléatoire, ou que les conflits privent de chauffage dans leurs villes éventrées dans certains quartiers.

Je me souviens de mes parents lavant la lessive de la maisonnée dans une boule métallique qu’ils remplissaient d’eau bouillante et qu’ils faisaient tourner…un certain temps avant que de ressortir le linge fumant, dégoulinant, puis de l’essorer à la main dans une espèce de presse formée de deux rouleaux à l’intérieur desquels le linge était passé et dont il ressortait, plat comme une limande prêt à être suspendu. L’image du linge raidi par le froid glacial et rentré à la nuit tombée par ma mère est, elle aussi, très présente dans mon souvenir.
Il est incontestable que la machine a facilité la vie des femmes et des hommes. Et pour rien au monde, je ne souhaiterais revenir en arrière.
L’appétit insatiable de l’homme le conduit à vouloir toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite. Ce que savent parfaitement les grands fabricants d’objets en série, qui consacrent des millions de dollars ou d’euros chaque année pour créer le gadget qui ravira les foules ou pour apporter d’infimes améliorations technologiques qui rendront le précédent obsolète, passé de mode. Pas pour améliorer la vie des autres. Si ça avait été le cas, le confort, auquel certains ont eu accès bien avant d’autres, aurait été partagé…
Si c’était le cas, personne ne pourrait tolérer que quiconque sur terre puisse vivre dans la misère, la saleté, la précarité, des conditions d’hygiène déplorable. Personne n’accepterait que certaines catégories d’homme dans certains pays du monde n’aient pas encore accès à l’eau potable.

Le deuxième leurre matériel réside dans l’idée d’un gain de temps. Il consiste aussi à laisser croire aux hommes qu’ils vont gagner du temps en utilisant les subterfuges du tout prêt, tout fait. Gagner du temps, pour quoi faire ? Pour des loisirs ? Pour mieux se reposer ? Mais pourquoi avoir besoin de se reposer ? Pourquoi cette pression que les hommes acceptent, esclaves consentant ?
Pour gagner de l’argent, me direz-vous ? Mais quel argent ? Celui que créent les banques à partir de rien lorsque nous nous endettons pour pouvoir consommer ? Savons-nous que si nous freinions notre consommation, que nous renonciions à l’endettement, le système financier s’effondrerait ? Qu’il nous faudrait inventer d’autres manières de nous procurer les biens et les services indispensables à notre survie ? Qu’il nous faudrait ré-installer entre nous une solidarité qui priverait les nantis de ce monde, ceux qui vivent des intérêts de leurs placements financiers, qui les priverait donc de toute ressource et qui les obligerait, comme tout le monde, à se servir de leurs petites mains pour subvenir à leurs besoins ?
Voilà pourquoi il faut que nous soyons convaincus de l’idée qu’il faut gagner du temps, et pour ce faire acheter des biens qui le permettent, mais aussi continuer à consommer des biens dont la production, on le voit, on le sait, a épuisé plus sûrement les ressources naturelles et la biodiversité en un siècle que depuis que l’homme est arrivé sur cette terre.

 

 

MC Décembre 2015 (à suivre...)