12376026_10207948797100364_1267638516078346190_n

Elles ont réussi. Et elles m’ont fait un beau cadeau.
Elles ? Elles, O.G, A.F, A.F., ce sont trois étudiantes de 2ème année qui m’ont proposé d’aller assister à une séance du film « Demain ».
En dehors des heures de cours. Des miennes et des leurs.
Moi qui ne vais jamais ou si rarement au cinéma, je leur ai emboîté le pas bien volontiers.
Une bonne partie de la classe devait venir et puis certains, certaines ont été empêchés.
L’une d’elles, en visionnant la bande annonce s’était dit que le film devrait me plaire.
En deux ans, six heures par semaine, on finit par repérer les dadas des profs ; parce que ça parle un prof ! De la même manière, avec un peu d’attention, un prof finit par connaître les caractères, savoir à la manière d’entrer en classe, de se tenir sur sa chaise qu’un élève ou un étudiant est malade ou contrarié et que dans la majorité des cas, il vaut mieux le laisser tranquille et attendre qu’il s’ouvre de lui-même à ce qui se passe dans la classe.
Curieusement, les deux heures qui précédaient le film, j’avais éprouvé le besoin de rappeler que l’on est chacun responsable de prendre sa vie en main et que lorsque l’on est à un endroit donné, à un moment donné, et qu’on y reste, on est responsable que ça se passe au mieux, pour soi. Je m’adresse à de jeunes adultes qui ont pratiquement tous vingt ans ou plus et qui sont en formation, inscrits en BTS pour obtenir le diplôme à la fin des deux années de cursus.

En effet, je venais de corriger un travail réalisé en deux heures et catastrophique pour certains d’entre eux. Je les avais placés devant un certain nombre de questions, dont l’une : qu’ils me disent comment ils imagineraient un enseignement qui leur donne envie d’apprendre, étant données les contraintes actuelles dans lesquelles ils sont placés. Les réponses n’ont pas été concluantes en terme de créativité. Je leur ai demandé d’y réfléchir pour une autre fois.
J’ai ensuite interrogé les deux personnes qui réussissent dans cette matière et qui ont, toutes les deux, expliqué qu’elles avaient compris qu’il y avait une méthode à respecter pour traiter les questions et les cours à apprendre.
Soit. Une manière de travailler en adéquation avec ses objectifs. Une manière de travailler efficace.
J’ai rappelé aussi que je ne pouvais pas éprouver à leur place le désir d’apprendre. Même en faisant la danse du ventre.
Ceci posé, la séance a commencé par une brève mise en perspective du contenu du cours puis je les ai fait réfléchir par groupes de trois ou quatre. Ils ont travaillé. A peu près. A peu près tous…

Et puis, vite, en voiture vers le cinéma.
Le film « Demain » maintenant. Car demain c’est maintenant.
Ce film est un petit bijou qui investigue, un peu à la manière du film «  Solutions locales pour un désordre global », les solutions alternatives déjà en œuvre de par le monde en matière d’agriculture, d’énergie, de monnaie, de représentation du peuple et d’éducation.

Il est une invitation à s’investir autrement dans ces domaines là, à prendre nos vies en mains là où nous sommes, à réfléchir à ce que nous voulons vraiment pour nos vies mais aussi pour la planète.
* En matière d’agriculture, le film rappelle qu’une bonne partie de la nourriture que nous consommons vient de petits producteurs, mais qu’elle transite par de grandes entreprises qui, au passage, rajoutent leur marge au prix payé aux petits producteurs. Il montre également que des méthodes telles que la permaculture peuvent restaurer la qualité d’un sol et le rendre aussi fécond qu’avec des engrais chimiques et des pesticides.
* En matière d’énergie, est exposée la manière dont certaines villes, voire certains pays se sont emparés de la problématique de la raréfaction des ressources pétrolières pour assurer leur autonomie énergétique grâce à l’éolien, la biomasse, le solaire.
* En matière d’économie et en particulier sur l’aspect monétaire des échanges, un économiste rappelle l’exorbitant pouvoir de création de monnaie ex-nihilo par les banques via l’endettement et la nécessité que les agents économiques continuent à consommer en s’endettant encore et encore pour permettre au système de ne pas s’effondrer. Des expériences de monnaie locale sont présentées, permettant dans un petit circuit de nourrir des échanges circulaires en se passant de la monnaie officielle, ce qui n’est pas (encore…) interdit.
* Sur le volet « démocratie », le film montre que le système de représentation actuel ne représente plus vraiment, vraiment plus ? les intérêts de tous (nos dernières élections le démontrent magistralement avec une participation d’un peu plus d’un français sur deux)
L’une des solutions à l’étude de manière sérieuse se déroule en Islande ( pour l’Europe), solution qui consiste à tirer au sort des citoyens- à la manière des jurés d’assise- pour qu’ils réfléchissent ensemble à la manière de désigner les représentants et de surveiller leurs actions politiques.
* Enfin, sur le plan scolaire, j’ai eu la surprise de découvrir le système finlandais dans lequel les élèves sont beaucoup moins nombreux par classe, avec deux enseignants, parfois trois si certains élèves rencontrent des difficultés particulières…
Des méthodes pédagogiques centrées sur l’élève, avec une parole qui circule entre les élèves qui peuvent s’aider mutuellement, s’enrichir et un enseignant qui cherche la meilleure façon d’accompagner l’enfant dans la poursuite de son cursus.

En sortant, il m’a semblé que rien ne serait possible en France.
Tant de pesanteurs, d’emprise réglementaire, de lois, de contraintes.
Et puis, si, il existe des systèmes d’échange locaux un peu partout en France. http://seldefrance.chez.com/listedessel1.htm
ou bien là: http://seldefrance.communityforge.net/
Les incroyables comestibles nés à Todmorden en Angleterre se répandent dans les villes de France. http://lesincroyablescomestibles.fr/
Des éco-villages se développent. http://www.passerelleco.info/rubrique.php?id_rubrique=30
Des groupes de réflexion autour de la décroissance existent.
Un grand mouvement parcourt la France, il se nomme Alterniba, promouvant des alternatives au changement climatique et à la crise énergétique.
https://alternatiba.eu/communaute-alternatiba/sommes/
En matière d'éducation aussi, ça bouge, ça fermente: voici un lien qui pointe sur des expériences innovantes en matière de pédagogie et sur la diversité éducative: http://printemps-education.org/

Il existe donc des lieux, des initiatives dans lesquels penser le monde de demain. Car si nous ne le pensons pas, il sera pensé à notre place. Et ce ne sera pas forcément fameux.
La France compte trop de déçus d’un système politique qui ne les entend plus pour ne pas tenter de s’associer à cette grande vague d’espoir de reprendre en main notre destin.

Ces trois étudiantes sont d’ailleurs pour moi le signe que quelque chose bouge : proposer à un/e enseignant/e d’aller au cinéma en dehors des heures de cours, c’est très encourageant. Merci Mesdames (et oui, fini le Mesdemoiselles, exit !)

 

MC Décembre 2015