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Désirer n’est pas convoiter.
Le désir n’est pas gourmandise, concupiscence, jalousie, envie.
Il ne conduit ni à la captation ni à l’appropriation ni à l’accumulation ni au remplissage ni au comblement d’un vide.
Le désir est attente fiévreuse, amoureuse, besoin de s’offrir, de se donner à l’autre ou l’objet désiré. Si la graine ne désirait pas la lumière, dans l'obscur des entrailles de la terre, elle n'aurait pas la force de percer son enveloppe puis de traverser la terre pour s'ériger un jour en fleur ou en arbre majestueux...
Le désir est un chemin partagé d’élévation et de beauté. Un feu qui brûle en l’être et éclaire les pas, les choix, qui sous tend les instants de son pétillement.
Le désir est à la fois grave car il s’origine dans la profondeur de l’être et léger dans l’effet qu’il produit sur l’être lorsqu’il est écouté.
Il est puissance irrésistible dans l’élan qui le porte et fragilité totale pour qui s’y abandonne.
Il se cache et ne s’impose pas. C’est une voix subtile qui parle au fond de soi mais qui s’efface devant des voix plus fortes, criardes et maquillées.

A observer mes étudiants ce matin, c’est encore autour de cette notion de désir que je tourne pour tâcher de comprendre ce qui les anime lorsqu’ils sont là pour une journée de cours.
J’avais préparé une activité pour les aider à décortiquer le contenu d’un texte, paragraphe par paragraphe, avec des questions pour les guider. Un cheminement pas à pas.
Encore sous le coup de la séance de la veille, et de ma soirée de hurlements intérieurs devant le peu d’implication de la plupart d’entre eux, je leur ai annoncé qu’ils étaient libres de travailler ou pas, que je me mettais à la disposition de ceux qui m’appelleraient en cas de difficulté. J’ai aussi proposé à tous ceux qui ne souhaitaient pas travailler d’aller se mettre dans un coin de cette salle et de se parler s’ils en avaient envie, d’écouter de la musique ou de consulter leurs portables.

Un peu déstabilisés, ils se sont tous mis à travailler sur les documents, sauf un qui, au premier rang, a mis sa tête entre ses bras et s’est mis en retrait ostensiblement.
Et puis, le naturel a repris le dessus pour la plupart d’entre eux. Au final, cinq ont travaillé jusqu’au bout, questionnant, réfléchissant. Certains ont tenu une heure. Les bavardages ont repris. Et progressivement ils se sont plongés dans la contemplation de leurs greffons, je veux dire, leurs téléphones portables.
Si bien que le silence est revenu…
Cette expérience de liberté totale me semble très instructive de l’état de dépendance dans lequel sont ces jeunes adultes – au sens biologique du terme- qui vont voter- ou pas- dimanche pour les régionales.
Si l’enseignant que je suis n’encadre pas, ne donne pas de contraintes, il ne se passe rien. Si, ils se placent illico sous la dictature de l’image, de l’immédiateté des échanges, la superficialité de photos qu’on envoie avec la bouche en bec de canard.
La liberté fait peur.
Car la liberté ne peut s’exercer que si elle conduit vers un but.

Et ce but, bien qu’ils soient inscrits dans l’enseignement supérieur, ils n’en ont pas. Si : réussir leur diplôme. Mais le chemin à prendre. Les pas à poser. Les efforts à soutenir. Dans la durée. Le lien ne leur apparaît pas, tant ils vivent dans l’instantanéité d’une pulsion à satisfaire dans l’immédiat. Donc, pas de possibilité d’avoir un pro-jet qui permette de se projeter, de s’envisager sur le moyen terme – six mois à peine, ce serait presque du court terme d’ailleurs.
Poser devant la liberté de choisir de travailler ou pas, ils glissent vers le penchant naturel de l’homme sans désir : occuper le temps, passivement. Car on peut très bien être occupé à mille activités et être, par rapport à la vie, d’une passivité totale. Etre dans l’occupation du temps, c’est oublier qu’on est libre d’imprimer sa marque à la vie qui nous est donnée à la naissance, de telle sorte que soient accomplies les promesses que chacun porte en lui. Car chaque être humain est une promesse de beauté, de réalisations, de créations, de joie.
Et il n’actualise cette promesse que s’il arrive à se placer à l’écoute de ce désir en lui qui le propulse vers demain, qui lui permet de s’envisager plus tard, qui lui donne un visage dans lequel brille le feu. Ecouter son désir rend libre. Libre des tentations. Libre des séductions.

A suivre….

 

MC