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D’aucuns rejettent un Dieu, lui reprochant le monde et son lot d’injustices. Enfin, disant plutôt qu’il ne peut exister, ce bon Dieu dont on parle dans les églises, puisqu’il permet tout ça, qu’il ne l’empêche pas.
Il devrait l’empêcher, retenir le bras du sanguinaire. Comme si c’était aussi simple.
A les entendre, ce Dieu devrait supprimer de la surface de la terre tous les cruels, tous les méchants, tous les monstres.
Ce serait trop facile. Et il serait despote ce Dieu de toute puissance. Il aurait ce pouvoir dont se vêtent les dictateurs un peu partout sur la planète.

D’autres le portent en bannière, un peu partout sur la planète. On leur a dit et ils l’ont cru, qu’il fallait convertir les fidèles, les croisés en leur temps, et certains musulmans maintenant.
Derrière le bras de ces fidèles s’est toujours dressée la figure secrète des puissants qui ont, de tout temps, très bien compris, le profit qu’ils pouvaient tirer de s’associer les puissants des institutions religieuses.
Tous ne se firent pas corrompre mais ils furent exception.
Certains se trompèrent d’alliance, qui bénirent des canons.
D’autres encore crurent qu’en ayant renversé ceux qui honnissaient Dieu, je veux dire, le régime qui n’avait de communiste que le nom, car il en est du communisme comme du royaume des cieux, il n’est pas de ce monde, enfin pas encore, d’autres crurent donc qu’ils avaient libéré l’humanité d’un fléau dangereux.
Analyse à courte vue et bien peu perspicace, puisque la planète ayant éradiqué quasiment partout le « monstre » communiste, elle avait réussi à engendrer de vrais fous, tuant au nom de Dieu, au moins dans l’affichage qui en était fait.

Je m’étonne que si peu de discours officiels n’aient porté une vision globale de l’humanité et de ses maux, qu’aucune voix ne soit invitée à faire entendre un autre discours.
Me promenant sur la page d’un petit parti d’opposition, j’ai été étonnée de lire des commentaires peu amènes à l’encontre de son dirigeant, taxé de bouffon parce qu’il ne parvient pas à entrer dans l’obligation d’union nationale face aux évènements qui ont ensanglantés Paris, mettant en avant ce que tous occultent "le lien entre les excès d'un système économique fondé sur le profit et le terrorisme.
Pour une fois qu’il est possible d’entendre une voix qui se décale un peu de ce concert unanime, c’est elle que l’on rejette.
Malheur à celui qui ose remonter le courant lorsque tous se laissent porter...
Malheur aux Cassandre qui osent prédire que nos temples vont être détruits, je veux dire les temples modernes que sont nos centres commerciaux. Il semble que personne ne réalise que le train de vie occidental devra être revu à la baisse. Personne? Si, certains en font déjà l'expérience: ceux qui vivent d'une petite retraite, les veuves, ceux qui se retrouvent en fin de droits du régime de chômage et qui vivent d'expédients et de la solidarité nationale quand elle existe. Mais eux, ils sont déjà brisés. Ils ne dérangent personne. Ils ont pris l'habitude d'être transparents, invisibles. Ils passent, tels des ombres, sur les quais de nos gares, dans les squares, sous les ponts. Ils entendent parfois qu'en se donnant la peine, ils trouveraient du travail. Mais ils sont brisés. Ils ont perdu confiance en eux. Ils sont blessés. Dedans. Et les blessures de l'intérieur, elles ne se voient pas, elles ne se devinent pas.

Alors, donc, il ne faut pas penser que ce sont les excès d’un capitalisme sans foi, loi ni frontières qui ont pu être, de près ou de loin, responsables de la montée de ce radicalisme.
Il ne faut pas penser que les querelles de territoire n’ont rien à voir avec les guerres économiques et l’impératif de compétitivité ?
Il ne faut pas remettre en cause le modèle ?
Et le doigt sur la couture du pantalon ou du tailleur, rentrer dans le rang ?
Comme si une fois les radicaux de l’islam éradiqué, on allait pouvoir vivre heureux dans un monde pacifié.
Comme si tout d’un coup, la terre allait fournir à nouveau autant de ressources qu’elle n’en a fourni depuis la révolution industrielle.
Comme si la notion d’empreinte écologique n’était qu’un amusement pour écolo en mal de masturbation intellectuelle.
Comme s’il n’y avait pas eu Tchernobyl, Fukushima.
Comme si la coulée de boue toxique de Mariana n’était pas parvenue dans l’Atlantique.
Comme si.

Et Dieu dans tout ça ?
- Laissons le là où il, est disent certains croyants. Ne mélangeons pas les affaires du monde, le monde des affaires et le monde d’au-delà. Il sera bien temps après d’y penser. Et de toute façon, Il pardonnera.
- Brandissons le en étendard. Chacun le sien. Bien sûr. Ce serait trop compliqué autrement. Comment gérer toutes ces différences de pratiques, de dogmes, d’espérances?
- Dieu, mais il n’existe pas et foutez moi la paix avec ça, avec le mal qui a été fait en son nom, ce sera sans moi désormais, disent les anarchistes, dont certains trouvent tout de même intéressantes les mythologies celtiques et les pratiques chamaniques.

Pour avoir côtoyé un peu tous ces milieux, il me semble qu’il faudrait, plutôt que de discourir sur lui et de l’enfermer un peu plus dans des définitions, il faudrait écouter calmement le profond de nos cœurs.
Arriver à contempler la beauté de la vie.
Laver ses yeux de ces images saturées que nous ingurgitons à longueur de journée.
Laver sa tête du flot de ses idées toutes faites, pré-mâchées, pré-pensées, de ses croyances et de ses représentations.
Se faire petit. Se blottir dans les mains de la vie.
Attendre que ça se pose en nous. Lentement, comme le sable dans l’eau brouillée finit par descendre et regagner la vase.

Alors Dieu ?
Taisons-nous. Quittons ce que nous en croyons. Quittons ce que nous en savons. Ce que l’on a voulu que l’on en sache.

Vivons.

 

Novembre 2015 MC