bourgeonQuand le besoin d’écrire entenaille et s’entortille au cerveau
Il vrille la pensée, il se suspend aux mains et taraude le cœur.
Le réservoir de mots déborde à longs sanglots et se répand,
Source intarissable dans ce désert aride qu’est le monde

Où sont les coupes vides, de cristal pur qui les recueilleront ?
Où sont ces esprits clairs qui les dérouleront en phrases harmonieuses ?

C’est un flot incessant, un tonneau toujours plein percé de mille trous.
A la porte des mondes, ils sont là, impatients : ils trépignent de notre surdité.
Ils passent dans les rêves, les nuits de pleine lune, tout habillés d’images.
Ils sont là invisibles et silencieuses présences ; ils frappent à notre porte.

Où sont les âmes ouvertes qui les accueilleront, en sentinelles vives ?
Où sont les bien vivants, les très enracinés qui leur donneront vie ?

Ils errent dans les limbes, rangés, signes insignes dans nos bibliothèques.
Et c’est grand tumulte que leur bousculade pour sortir au grand jour.
Ils pleurent du long mépris où ils sont enfermés, utilisés, souillés ou dévoyés.
Ils attendent l’un ou l’une qui saura les revêtir du dense qui leur fut destiné.

Où sont les lèvres tendres, de miel et de rose nourries qui les prononceront ?
Où est la voix si chaude qu’ils s’épanouiront comme au soleil l’amour?

Les mots comme des fleurs sont encore en bourgeon, en promesse d’à-venir.
Leurs arômes suaves s’évanouissent, nos nez sont pollués,
Leur chant devient silence abyssal à nos oreilles saturées,
Leurs couleurs s’éteignent en un voile noir, à nos yeux fermés.

Où est le jardinier aux mains douces pour les préserver du froid ?
Où est l’homme éveillé, la femme sage pour les engendrer au monde ?

MC Novembre 2015