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L’âme sidérée, pas de larmes à pleurer. La source est tarie depuis trop longtemps. Depuis Charlie, dans mon cœur, je me suis assise sur le trottoir d’à côté.

Sur ce trottoir là, on peut boire un verre de vin au dernier soleil d’automne, embrasser son amoureux dans un éclat de rire, échanger des sourires avec ses voisins.
Sur ce trottoir là, on écoute de la musique qui parle de la vie des hommes lorsque les hommes fraternisent pour bâtir des ponts entre hier et demain.
Sur ce trottoir là, les enfants font des rondes en riant aux éclats.
Sur ce trottoir là, aucun fou furieux ne peut semer la mort : ce trottoir là est situé de l’autre côté du miroir.
Sur ce trottoir là, les hommes et les femmes honorent leur dieu dans leur cœur et ils lui murmurent leurs mots d’amour. Ils n’ont besoin ni de se réunir pour vérifier qu’ils font partie d’une communauté. Parler dans leur cœur avec lui suffit à les combler. Ils ne se sentent plus seuls.
Sur ce trottoir là, certains hommes et certaines femmes n’honorent aucun dieu, ils n’en éprouvent pas le besoin, mais ils portent sur le monde un regard amoureux empli de douceur et de tendresse.

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Je vais rester assise sur ce trottoir là et inviter tous ceux que je côtoie à venir me rejoindre.
Nous allons danser jusqu’au bout de la terre. Laisser monter nos chants jusqu’à atteindre les nuages et à rendre jaloux tous les oiseaux du ciel. Peindre sur les murs des villes des fresques aux couleurs d’arc en ciel. Réciter des poèmes jusqu’à la nuit tombée. Inventer des histoires à conter aux enfants, le soir à la veillée.
Allumer des étoiles nouvelles dans les prairies indigo. Chevaucher des comètes au-dessus de forêts chuchotantes. Parler avec des fleurs aux parfums argentés. Rire en éclats de joie et retrouver son souffle dans l’éclat de la lune.
Enjamber l’arc en ciel et se laisser glisser là où il prend naissance dans la source émeraude.

On m’a dit tout à l’heure que le monde auquel j’aspirais était une utopie. J’espérais que le profit ne régisse plus le monde, que l’ambition ne soit plus nichée dans un beau compte en banque, que s’incarnent vraiment les mots d’égalité, de fraternité et de liberté.
Je n’ai rien à faire avec ceux qui ne rêvent pas avec moi ce rêve où prime la Beauté et la légèreté.
Un jour, comme mon aïeule, on me retrouvera à donner dans la rue ce que j’aurais gagné. Un jour, peut-être alors, il faudra m’enfermer parce que j’aurais trop rêvé.

Un jour, je partirai vraiment sur le trottoir d’à côté.

 

MC Novembre 2015