12194601_1230255843655009_1692888690294459235_oLa mousse a envahi les dalles de l'allée.
Mousse verte, drue, douce comme toute mousse.
Un voile de tendresse à l’orée de l’hiver.
Un clin d’œil au printemps au mitan de l’automne.
L’été de la Saint Martin arrondit encore le pays.
L’homme s’est levé tôt ce matin. La maison sommeille en paix dans l’entortillé des draps.
Pas un bruit. Ce calme d’avant l’agitation du jour...

Son appareil photo en bandoulière, il va ses chemins. De vagues tracés de terre arpentés tant et tant. Il va recueillir la rosée de la nuit et l’inouï du jour.
L’homme sait la grâce d’avoir deux yeux et de voir. Voir encore. Encore un jour.
Un jour arraché à l’obscur qui le guette tapi au fond de ses cellules.
Alors pour l’affronter, il a décidé de traquer la beauté, d’honorer la lumière lorsqu’elle redessine pour l’homme les contours de sa terre mais aussi lorsqu’elle tire sa révérence à l’orée de la nuit, rendant les ombres douces et les femmes alanguies.
En homme des montagnes, il aime se nourrir du silence et s’abreuver d’espace.
A grandes enjambées, il se presse comme se presse l’amant qui rejoint son amante.
L’air est frais. Il le goûte.
Au bout du chemin creux, sur le monticule de pierres, il s’assoit.
Il attend. Les hommes en leur demeure s’éveillent doucement : leurs fenêtres s’éclairent et trouent le noir velours.
Ses yeux sont orientés. Et son cœur habite désormais au fond d'eux, tourné vers l’Un-fini.
C’est son cœur le premier qui pressent le miracle, aujourd’hui encore, ce matin, renouvelé. Quelque part le gris du bleu se colore de rose.
Ô, un rose si pâle que seuls les yeux du cœur peuvent le discerner.
Et le rose s’étend, s’étire en filaments, s’empare du territoire et envahit le bleu.
L'homme plane et tout en lui s'étend aux confins de l'aurore, là où le jour s'élance.

Et puis l’embrasement.
En un instant, le ciel est orangé, mer lumineuse au loin.
L’air en est tout doré, empli de mille paillettes qui se répandent, flammes vivantes qui allument le jour.
Dans le fond, la vallée pointille ses lumières, encore endormie dans un songe mauve.
Des brumes s’élèvent en fumeroles pour caresser le ciel.
Sur les crêtes arrondies se détachent des ombres, les arbres vigilants pas encore dénudés.
Le regard ne sait plus où se poser, se perd et avec lui le cœur.
L’immense est là, offert, abandonné à la contemplation de qui passe par là.
L’être cherche comment se dilater encore et encore pour embrasser l’instant.
Les mots se sont enfuis, compagnons de passage
Il reste la magie au profond du poète .
Il prend son appareil et grave l’or de l’instant pour l’offrir aux habitants des villes ou ceux que le sommeil retient dans des songes insignes.

MC Novembre 2015

Photo prêtée par Alain Autechaud