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Que dire qui n’ait encore jamais été dit ?
Que peindre qui n’ait encore jamais été peint ?
Quel chant entonner qu’aucune oreille n’ait encore entendu ?
Quel parfum imaginer que personne n’ait encore humé ?
Quelle étoffe créer qu’aucune peau n’ait encore jamais caressée ?

Le mot du mot
La couleur de la couleur
Le son du son
L’odeur de l’odeur
Le doux du doux

Derrière le voile qui flotte entre l’ici et l’au-delà d’ici, dansent en farandole des mots qui ne demandent qu’à traverser le voile.
Derrière le voile, scintillent des couleurs que les yeux de ce monde ne pourraient pas percevoir.
Derrière le voile, s’élèvent des mélodies qu’en songe parfois il nous arrive d’entendre.
Derrière le voile, des fragrances subtiles effleurent les narines en promesse de joie.
Derrière le voile, des mains tissent sans fin l’étoffe des jours à venir.

L’âme des mots, l’âme des couleurs, l’âme des sons, celle des odeurs et du doux reposent en ces lieux. Immense caverne. Là, vivent des sages dont la tâche est de veiller à les conduire à ceux qui, de l’autre côté du voile, chez nous, pourront les mettre au monde et faire grandir le beau. Parfois, ils viennent à nous, au profond du sommeil, nous confier leurs secrets, révéler leurs trésors, feuilleter leurs grimoires.
Le soleil, au point du jour, surprend sur nos lèvres un sourire et dans nos cœurs, un soleil devant lequel il semble pâle veilleuse.
Nous croyons avoir traversé un beau rêve. Mais c’est infiniment plus. C’est d’une visitation qu’il s’agit. Le monde de derrière le voile attend que nous lui prêtions notre voix, notre main, notre corps, notre intelligence pour qu’advienne ici aussi toute cette beauté en devenir.

Si jamais, un matin, le souvenir d’un rêve étrange et doux nous revient en mémoire, laissons le doucement s’installer en nous. Ecoutons, prêtons attention. Nous sommes sans doute prêts pour que circule, à travers le talent qui est le nôtre, un supplément d’âme, un supplément de beauté.
Comment reconnaître son talent ?
C’est ce qui nous donne la plus grande joie. Une joie qui n’est l’envers d’aucune tristesse. Une joie légère. Comme un pétillement. Comme si cela riait à l’intérieur. Une petite voix cristalline et joyeuse.
Ecouter résonner cette joie au fond de soi. Suivre le fil d’or qui nous relie à elle. Il n’y a pas d’enjeu, pas de pression. Cela se fera naturellement.

Le monde a besoin de nous…en ce moment peut-être encore plus que jamais…
N'attendons pas que pleuvent sur nous des roquettes meurtrières.
Ne nous laissons pas endormir par les sirènes engendrées par les publicitaires.
Ne nous laissons pas séduire par des discours totalitaires.
Le monde a besoin de joie. Là. Maintenant. Là où nous sommes.



MC novembre 2015