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Vivante la lumière de l’automne.
Vivants mes soixante printemps.
Soixante.
Une boucle lovée sur elle-même, posée sur la ligne. Mais avec une ligne dirigée vers le ciel.
A côté d’elle, un œuf.
Soixante.
Tout n’est que rondeur et promesse de vie.
Invitation au voyage. Mon enfant, ma soeur, j'aime ce voyage. Ses promesses d'à-venir.

Car enfin qu’est-ce que vieillir ?
Empiler une année sur une autre ?
Sur la ligne du temps avancer vers sa fin ?
Ou avancer sur une spirale, traverser le temps, avec une compréhension nouvelle ?
Suavité des expériences qui s’éclairent les unes les autres, qui se répondent en écho.
Harmoniques. Petite musique délicate réservée aux oreilles averties.
Engendrement d’un nouveau sens par la juxtaposition de moments qui en étaient dépourvus.
Conscience que tout ce qui est advenu prend enfin son sens dans le présent. Dans le présent que l’on offre à la vie de son instant présent.
Eclairages.
Nouvelles lumières.
Nouvelles saveurs.

Le prophète vit un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu et la mer n'existait plus.
Passage.
Le ciel, figure tutélaire, le ciel comme un père qui protège et qui lance son courroux.
La terre, berceau de la vie, figure nourricière de la mère qui engendre et permet de croître.
La mer, comme monde des émotions, des monstres de l’inconscient.
Le ciel et la terre sont désormais à l’intérieur de soi.
Les émotions ne sont plus à fuir, mais nommées et intégrées dans un processus vivant et verticalisant.

Se sentir passeur.
De passage, mais passeur.
Passeur d’un supplément d’âme.
Passeur d’un supplément de joie.
Porteur d’éclats de rire : ne pas se prendre au sérieux, tout en faisant totalement et sérieusement tout ce qui nous échoit.
Sentir la légèreté et l’insignifiance de tout ce qui nous semblait pesant et grave.
S’inscrire dans une autre gravité.
Gravidité ?
La femme, qui ne peut plus engendrer dans sa chair, devenant enceinte à jamais. Accoucher d’instant en instant de la mise au monde du nouveau, du renouvelé, par un regard porté avec reconnaissance sur le fils bien aimé et sa compagne élue, les animaux compagnons, la maison aux murs protecteurs, les livres riches de l’âme de leurs auteurs, le jardin, sa patience et sa vigueur, les amis, proches et moins proches, les belles rencontres au hasard des voyages tout près ou plus loin, les retrouvailles avec les vivants, la réconciliation avec ses racines ancestrales dans une reconnaissance de leurs legs spirituels.

Vivante la lumière de l’automne, ses flamboiements, ses ors et ses pourpres, les arbres torches, bientôt les tapis ocre d’or, ocre rouge. Et ces couchants embrasés dont les lueurs rosissent l’air, dessinant d’improbables draperies dont le rouge orangé laisse apparaître des médaillons bleu pâle. Et cette danse des couleurs. Le mauve peu à peu frange les nuées et s’installe, reléguant dans l’imperceptible de vagues lueurs le rouge devenu pourpre. La nostalgie peut poindre car c’est bientôt l’obscur.

Se prendre par la main. Respirer l’humidité qui tombe. Puis rentrer, reconnaissante d’être au chaud. Penser à tous ceux qui n’ont pas cette chance. Se sentir vaguement coupable et tout à fait privilégiée.

Douce la lumière de mon automne.

MC Novembre 2015
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