Je viens de visionner de nouveau ce film pétri de bons sentiments comme seuls les américains sont capables de les réaliser.
Un homme, amoureux de sa femme, laisse pour elle des lettres qu'elle découvrira après sa mort à lui; elles contiennent des indications de voyage. Son but:  l’aider à reconstruire une vie et un amour. Ceci sur fond de musique irlandaise et de magnifiques paysages.
Un mélo?
Sans doute. Je n’y connais rien. Je ne suis pas cinéphile.
Je l’ai visionné dans tes bras. Tu l’avais choisi parmi la centaine de films que tu as déjà achetés. Combien en as-tu visionnés ?
Plusieurs centaines.
Ta mémoire prodigieuse te permettait de donner dans l’instant le nom du réalisateur, du producteur, le nom du premier rôle, du second, le nom du compositeur de la musique.

Je n’aurais pas dû replonger dans ce film.
Pour quelle raison l’avais-tu choisi parmi tant d’autres ? Que cherchais-tu ? Sans doute à m’aider à entrevoir ton côté sensible, bien caché sous tes colères et tes prises de position violentes.
Tu t’en es allé brutalement. Laissant le silence s’installer.
Je le comprends. J’ai moi-même agi ainsi. Quand on ne peut pas aller plus loin dans une relation, le silence est meilleur que tout.
Pour celui qui part !
Pour celui qui reste, il y tant de questions en suspens. Pourquoi ce départ ? Pourquoi ce silence ?
Deux solutions : penser que l’autre a un problème ou bien penser que l’on est le problème.
En fait, personne n’est le problème.
L’un a senti avant l’autre qu’il n’était pas prêt pour vivre CETTE relation.
Malgré la souffrance engendrée par le silence, c’est un cadeau que nous fait l’autre en partant. S’il part, c’est que la relation n’était pas bonne pour lui. Il faut être deux pour vivre une relation.

Je n’aurais pas dû replonger dans ce film.
Il me rappelle cet espoir que j’ai placé en toi. Que tu as peut-être placé en moi. Et dont la vie, par toi, n’a pas voulu.
Banal épisode de la vie. Il s'en vit sans cesse des rencontres sans lendemain. Des amours impossible parce qu'improbables. Parce que c'était des amours et pas l'amour.
Les films sont trompeurs. On dit d’eux qu’on les projette. Mais en fait c’est nous qui nous projetons en eux. Nous nous identifions avec les personnages et nous
nous approprions leur histoire, leurs sentiments, leur vie. Nous plaquons sur la nôtre l’envie que nous avons qu’elle ressemble à la leur.
Nous enfilons les vêtements de leurs émotions, de leurs sentiments. Et nous ne savons plus très bien si nous vivons les leurs, ou les nôtres.

Voilà pourquoi je n’aime pas trop le cinéma. Mon âme est trop poreuse. Les frontières entre le monde et moi ne sont pas étanches. Si le monde va mal, j’ai mal au monde en moi. Et je ne sais plus où je suis, qui je suis. Je suis toi qui me lis. J’épouse ta joie, j’épouse ta peine.
Enfin, ça c’était avant. Ça a duré des années, des années de souffrance, durant lesquelles je ne percevais pas clairement qui j’étais, qui était l’autre.
Peu à peu, j’ai fait une force de ce qui m’affaiblissait. Je me suis enrichie de toutes ces différences qui n’étaient pas moi. Tout en repérant peu à peu à quel moment j’étais moi-même et à quel moment je basculais en l’autre.

Le fil d’Ariane dans ce parcours ?  La joie.
La joie, cette exultation intérieure sans cause, est devenu le signal infaillible de ce qui est bon et juste pour moi. Une joie qui n’est pas l’inverse de la tristesse. Une petite musique qui peut se jouer même au milieu des pleurs.
J’écoute chanter la joie en moi, au plus près de mon cœur. Et je continue ou j’arrête, le chemin sur lequel je marche, la relation qui s’est nouée.
Je ne cherche pas à comprendre pourquoi. Le simple fait que la joie ne soit plus au rendez-vous est devenu le curseur.

Cependant, ce soir, en écoutant Galway girl, l’une des chansons irlandaises de ce film, voilà que mon cœur se prend à ressentir de la nostalgie.
Nous nous sommes croisés. Nous avons vécu quelques moments de complicité. Et puis. Et puis, tu n'es plus revenu. Quelques mots pour évoquer un mal de vivre que j'avais bien perçu. Et le silence. Abyssal. Comme sans doute celui de la mort...

lune_halloween


Bon, allez, ce soir c’est la soirée où les sorcières se baladent sur leurs balais. La nuit est tombée. La pleine lune est derrière nous. Je m’en vais néanmoins emprunter un balai à une des sorcières qui sillonnent le ciel, pendant qu’elle s’arrêtera pour danser la farandole avec ses copines, et je vais balayer cette nostalgie qui revient du passé.
Regarder devant soi, le chemin qui se déroule au fur et à mesure de ses pas. Ne pas se retourner pour contempler. Contempler quoi ? Le passé n’existe que par l’empreinte qu’il laisse sur le désormais présent. Présent de tous les possibles. A chaque instant.

MC Octobre 2015