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Les arbres en ce moment se souviennent du feu de l’été. Leurs branches se carminent, s’ocrejaunissent, s’empourprent,  s’illuminent d’or. Et le soleil s’y mire avec contentement. Pressentent-elles les feuilles, qu’elles vont retourner à la terre dont les racines de l’arbre se sont nourries pour permettre à la sève de grimper dans le tronc et jusqu’au bout du moindre rameau, faisant naître à nouveau une génération de jeunes pousses ?
Il en est ainsi chez les arbres.
Pas de tristesse à l’entrée dans l’automne. Même pas la conscience d’un accomplissement du destin. Seule l’impérieuse nécessité d’un grand abandon pour permettre à la vie de renaître autrement. Vie qui ne cesse pas, jamais, car la transformation de la feuille en humus est un lent processus de pourriture et d’élaboration du nouveau terreau fécond. La mort de la feuille est promesse de fécondité.
Sans doute, est-ce cette célébration que les arbres fêtent au moment où les humains vont fêter leurs morts. Ou bien alors, les humains ont-ils décidé de fêter leurs morts au moment où les arbres abandonnent à la terre leur parure, se dépouillent du trop, du devenu inutile.

Les yeux sont à la fête mais aussi les oreilles, le zinzibulage des mésanges retentit à nouveau, les feuilles sèches crissent sous les pas. Quant à l’odorat, il se laisse séduire par ces parfums de tourbe, de décomposition végétale et par l’odeur puissante du peuple des champignons qui se réveille en cette saison.
Ces champignons pour lesquels l’homme se fait humble, obligé qu’il est de se courber vers l’humus, de soulever les feuilles, d’ouvrir tout grand les yeux pour bien les distinguer.

Mais savez vous que les champignons n’ont pas toujours été rivés à la terre, obligés de se cacher sous les feuilles.

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Il était une fois le peuple des champignons…
C’était il y a des temps et des temps, lorsque l’Ancien des jours en était à l’ébauche de ce qui précéda l’univers que nous connaissons aujourd’hui.
Les champignons avaient été créés avec deux jambes,  des centaines de bras et une petite tête au dessus de leur corps. Ils aimaient gambader dans les prairies, et faire des roues à n’en plus finir dans le roux des feuilles tombées en grands tapis crissant sous leurs pas.
On aurait dit des gosses, toujours prêts à se faire des farces, jouant à la cachette derrière le tronc des arbres, se dissimulant sous la mousse. Leurs éclats de rire enchantaient les fées et les magiciens qui appréciaient la compagnie sans histoires de ces petits êtres délicieux.

Leur jeu préféré, au grand dam des araignées et autres épeires, était de grimper sur les toiles qu’elles tendent d’une branche à l’autre pour y tisser leurs pièges.
Prudents, ils se munissaient d’une ombrelle. Et l’on pouvait voir au petit matin, lorsque les rayons du soleil transforment en diamants les gouttes de rosée, toute une armée d’ombrelles oscillantes surplomber le vide. C’était un beau spectacle que de voir ces petits êtres se déplacer le long des fils d’or si fins qu’on eût dit qu’ils marchaient dans l’espace. Les araignées appréciaient moins. Elles ne savaient plus où donner des pattes, tant les champignons se déplaçaient avec aisance sur leurs toiles.
Mais les champignons leur échappaient sans cesse, se laissant tomber dans le vide lorsqu’une des pattes velues les menaçaient d’un peu trop près. Leur ombrelle en guise de parachute, ils flottaient vers le sol en gracieuses arabesques, et une fois à terre, repartaient en courant en quête d’autre bêtises et acrobaties à mettre au monde. Jouer était leur maître mot.

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Il faut cependant que vous sachiez que le peuple des araignées, déjà en ces temps là, ne tissait pas ses toiles pour le plaisir, mais pour capturer des proies et s’en nourrir. Contrairement à ce que l’on pourra voir, bien plus tard, au vingt et unième siècle, où certains hommes tuent des animaux pour le plaisir de tuer, les araignées tuaient pour vivre.
Et depuis que les champignons avaient inventé ce nouveau jeu, les araignées dépérissaient.
Elles, qui avaient huit jolies pattes galbées, que Marylin Monroe n’aurait pas reniées, voyaient fondre leurs formes jusqu'à devenir aussi minces que les fils qu’elles tissaient. Elles étaient inquiètes.
Un soir de brume elles se réunirent auprès de la pierre couchée, là-bas, dans les collines.

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Ce furent longs conciliabules, plaintes, gémissements, pleurs. La plus âgée des araignées qui connaissaient tous les secrets de la vie fut chargée d’aller présenter leur désarroi à la reine des fées dans la clairière de Danse dans le Vent.

A suivre

 

MC Octobre 2015
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