rides sur l'étang

Tu ne reviendras pas.
Je sais.
Tu es parti. Tu étais parti avant que d'arriver.
Je le savais mais j'ai voulu rêver.
Ca ne coûte rien de rêver.
On laisse sur l'oreiller un peu de poussière de nuage, une caresse d'étoile, de la poudre de comète.
Au matin, on maquille son coeur, on accroche des ailes à ses chevilles, on enrubanne son sourire et on s'enveloppe de la moire de son rêve pour traverser le jour.

Un jour et puis un jour encore à attendre ta main, à attendre ta voix, à attendre ton rire et ses éclats.
Les jours tissent une étoffe de velours épais, un de ces lourds velours, bleu de prusse tu sais, un de ces bleus dont bleuit l'âme en peine mais sur lequel tes yeux auraient paru précieuses émeraudes.
Tu ne reviendras pas.
Le velours de ton absence a étouffé le souvenir de tes mots.
Tu es parti.
La vie t'a enfoui dans les fosses de ta désespérance.

J'ai détaché de mon poignet le fil qui retenait mon rêve. Je l'ai vu osciller lentement.
Une brise a passé. Un souffle. Le miroir de l'étang s'est froissé.
Quelques canards sauvages ont triangulé l'espace.
Mon rêve a rejoint les nuages, puis, à la nuit tombée, est devenu étoile.
C'est ainsi que le ciel brille chaque soir de nos rêves oubliés.
Le mien est parti loin. Là où tu es parti. Au lointain infini. Dans ce dédale obscur dans lequel tu errais.
Tu ne reviendras pas.

Demain, un autre rêve ensoleillera ma vie.
Un rêve, sans toi. Au ciel, les étoiles souriront.

MC. Octobre 2015
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