mésange

Elles sont revenues, avec leurs petits cris! Savez-vous que ce délicieux oiseau zinzibule ?
Zinzibuler…
C’est tout un univers qui se dessine alors, léger, virevoltant, épousant la lumière pour la restituer en ondes colorées. Foin de l’orthographe : laissons la aux savants ou bien aux grammairiens. Il me plait à penser que le bule de la mésange est en fait une bulle.
Aérienne comme elle et délicate aussi.

Il était une fois une mésange…
C’était il y a des temps et des temps, lorsque l’Ancien des jours en était à l’ébauche de ce qui précéda l’univers que nous connaissons aujourd’hui.
Il était une fois une mésange. Une tendre mésange enfermée dans une bulle. Un plafond de verre tout autour d’elle.
Dessus, dessous, à droite, à gauche.
Elle ne voyait du monde qu’une brume grisée. Elle distinguait des formes, entendait quelques échos qui arrivaient, feutrés, dans son enclos.
Et surtout, elle se sentait seule, si seule, dans son univers feutré. Elle tournait en rond. Que faire d’autre d’ailleurs, au sein de toute sphère ?
Elle devenait zinzin, enfermée dans sa bulle.
Son cœur de mésange soupirait ; de son bec s’exhalaient des soupirs, et parfois des prières au grand dieu des mésanges qui mystérieusement la visitait au profond de ses songes.
Elle avait nettoyé les parois de sa bulle, mille et mille et une fois. Elle ne parvenait pas à imaginer que sa vie entière se déroulerait dans cet enfermement.

Un jour, elle fit ce que l’on peut voir parfois dans ces lieux où l’on enferme ceux qui dérangent trop les autres par leurs comportements étranges,  les voix qu’ils entendent, les visions qui les assaillent, les fulgurances qui les traversent, un jour, elle commença à cogner sa petite tête contre les parois de la bulle.
De désespérance.
Pour se sentir vivre. En espérant connaître une souffrance si forte qu’elle effacerait celle de l’absurdité dans laquelle elle se savait plongée.
Elle cogna et cogna. Si fort que son sang, noirci, colora les toutes petites plumes de sa tête.
Et soudain, à force de cogner, toujours au même endroit, de son bec acéré, la bulle vola en éclats.
Ô, ce fut grand spectacle que ces éclats de bulle s’envolant dans l’espace au beau soleil d’automne. La mésange étonnée se retrouva au sol. Elle avait traversé le mur...
Un frisson la saisit à la goulée d’air pur qui emplit ses poumons. Elle en chanta de joie et entendit son chant.

Elle avait atterri dans le jardin d’une très vieille femme qui caressait les arbres et ramassait les simples. Elle sentait bon la verveine et le vert de la mousse qui poussait, libre, dans son jardin tout fou.
La vieille la regarda et écoutant son chant, lui dit, désormais, les hommes diront de toi et de tes sœurs que vous zinzibulez, parce que dans cette bulle, tu as failli devenir zinzin. Et toi, petite mésange, tu vas aller toquer à la cloison des bulles qui flottent dans l’air autour de toi ; car ce sont tes sœurs qui y sont enfermées et tu es la première à avoir brisé la paroi du bocal.

Mais cette histoire se passait, il y a des temps et des temps, lorsque l’Ancien des jours en était à l’ébauche de ce qui précéda l’univers que nous connaissons aujourd’hui. Depuis ce jour, les mésanges naissent dans des œufs et connaissent l’air libre dès qu’elles ont percé la coquille, souvenir du jour où leur ancêtre perça, la première, sa bulle.

 

MC octobre 2015