couchant

C’est l’heure.
Le jour fait ses adieux déchirants à la terre.
Son sang s’égoutte à goutte au ciel immense.
L’obscur s’avance, feutré, dans ce silence étrange qui rend les oiseaux muets.
L’étang frémit sous le passage lent de quelque volatile qui rentre au nid.
Les cercles doucement vont atteindre la rive.
L’outremer engloutit la pourpre du couchant.
Les branches se font dentelle. Des vitraux s’illuminent aux aiguilles des pins.
Du bleu pâle en caresse s’attarde encore un peu.

L’air fraichit.
Un souffle passe.
Lény Escudero s’en est allé ce jour.
Le ciel s’est paré de rouge. Sa lumière en écho au cœur du poète généreux, ouvert, saignant devant les injustices, de l’homme à la main tendue à son frère en l’homme.
C’est l’heure du passage.
La mort de Lény fait remonter l’enfance et ces moments joyeux où nous chantions ensemble pour une amourette. E. te souviens-tu ?
Nous avions passé quelques heures à le ré-écouter.

Triste.
Je l’aimais ce gitan, sa dégaine, sa démarche chaloupée, son regard un peu triste de la race des doux et ses deux joues creusées de longs sillons -  mémoires de larmes versées.
C’est un pan de ma vie qui s’endort avec lui, comme ce soir s’éteint le jour et s’étire la nuit.
Au ciel, sans doute, les étoiles vont se mettre en cercle, allumer un feu pour l’écouter chanter.

C’est l’heure d'écouter le coeur pleurer.

MC octobre 2015