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Ecrire.
Pour faire chanter le verbe.

Ecrire.
Pour imprimer sur l’argile des jours des signes de vie.
L’homme Adam, pris de l’adamah, la terre rouge d’argile, comme signe de vie ?

Ecrire.
Pour garder la mémoire de ces instants furtifs dérobés à l’épaisseur des jours.
Pour leur rendre leur entiereté, leur densité. Pour mieux regarder leur ventre rond de tant de possibles.

Ecrire.
Pour laisser vive la braise des étincelles de joie jaillies là où on ne les attendait pas : dans le wagon d’un train, dans une salle de classe, dans ces lieux et moments improbables où tout semble en attente, dans le suspens du temps.
Pour pouvoir réchauffer son feu à ces empreintes rougies par le cœur dont elles ont accéléré le tempo.

Ecrire.
Pour exalter le beau et ses frémissements dans ces vies sans relief que l’on croise au hasard ; car il faut bien qu’exulte le beau, sinon, cette terre serait pire qu’un enfer.

Ecrire.
Pour se nourrir encore de ces rencontres insignes, un fou rire partagé devant un ange du bizarre aviné à un arrêt de bus, le dimanche à Ville d’Avray. O. t’en souviens-tu ?, une complicité, un aveu de tendresse, une faiblesse offerte dans un regard perdu.
Pour leur donner du sens et les inscrire, comme on grave dans l’écorce un cœur pour la vie, avec gravité, et grandir avec elles dans leur humanité.

Ecrire.
Pour raconter comment, de l’horrible entrevu sur un visage démantelé, la joie peut tout de même vous faucher et embraser vos entrailles, comme une épiphanie violente et sans échappatoire possible.

Ecrire.
Pour livrer un secret découvert au chevet d’êtres chers au seuil du grand passage, que la vie n’a d’autre sens qu’elle même, que la vie a tout son temps, et que dans un grand écart dont elle a le secret, elle attend tout de chacun, jusqu’au bout, comme une mère confiante, tout en déroulant son infinie patience devant nos errements, nos hésitations, nos atermoiements, nos lâchetés, nos abandons, nos actes manqués.

Ecrire.
Pour que restent vivants tous ceux qui m’engendrèrent et dont le meilleur mérite d’être magnifié.

Ecrire.
Pour remercier la vie d’avoir permis ces surgissements.
Pour la remercier d’avoir sauvé ma vue du tourbillon obscur de la cécité.

Ecrire et semer des perles de verre colorées, des graines de rêve...

 

 

MC septembre 2015