pmancelIl s'appelle Pascal Mancel.
Une collègue dont il est le voisin l'a fait venir au lycée pour faire découvrir à nos étudiants cette forme moderne de poésie qui s'appelle le slam.
Après avoir expliqué aux étudiants ce qu'est le slam, il leur a interprété deux slams de sa composition.
Dont celui-ci, tout à fait en phase avec mon cours sur le développement durable:
https://www.youtube.com/watch?v=4-dKp4AKLIs
Puis, il leur a proposé d'écrire des textes, par groupes, pour ensuite les présenter à l'oral, la semaine suivante.
Créativité, prise de parole, affirmation juste de soi.
Ce furent deux belles après midi d'effervescence et de partage.

Pascal m'a donné envie de m'essayer; alors, j'ai écrit le slam de l'enseignant, que j'ai lu à chacune de mes promotions, en le leur dédicaçant.
Le voici:

Enseignant

Enseignant, je sors mon stylo rouge
En saignant,
Enseignant, surtout faut pas qu’ça bouge.
Enseignant, le seigneur, le saigneur ?
Enseigné, en c’est nier sa peur,
Sa peur de se tromper,
Sa peur d’oublier.

Enseignant, en sait néant,
Neandertal,
Talmudique, pas ludique.
Enseignant, je jette l’ancre,
L’encre rouge, en marge
Des écrits, des écrits vains
Des écrivains de vingt ans ou moins
Je mets vingt sur vingt
Si l’écrit vient facilement.

Mais l’écrit, les cris
Des enseignés,
Des ans saignés
Les cris, ça fait peur
Ça fait saigner le cœur
Allez : il faut mieux dire,
Il faut tout dire.
Il faut maudire
Ces mots remâchés,
Avalés, régurgités,
Sans sens, à contre sens
A sens interdit,

Ces mots rabâchés,
Ces maux muselés,
Ces mômes usés,
Ces maux tus
Motus et bouche cousue
Dire les cris
Ecrire les dits, l’Edit
De Nantes
Ou d’ailleurs, d’ailleurs.

Enseigner pour élever
Élève, elle Eve qui chercha à connaître;
Aile est vœux, promesse d’à-venir.
Enseignant pour élève ;
Mais saigner c’est usant
Quand l’élève a grandi
Et devient étudiant.
Hé, tu dis han !
Comme un bagnard,
Un bas niard.
Tu souffres sur les bancs,
Et tu rêves à la vie,
Ta vie ailleurs,
ta vie dans la vie,
ta vie dehors,
Pas ici, car ici,
c’est un peu la mort
Crois-tu.
Et ta vie qui s’évide
Et s’égoutte à gouttes
De ton sang, de ton souffle
De vie.

Et si l’enseignant, seigneur,
De serf te rendait libre
Et ton sort t’offrait,
Au frais,
bien gardé,
Comme une graine enterrée, oubliée
Prête à germer.
Plus de serfs, plus de seigneurs
Mais des vivants
Plus d’enseignés, plus d’enseignants
Mais des vivants,
Tous étudiants.

Car étudiant c’est un métier
Cela s’apprend car
C’est en forgeant qu’on
Devient forgeron
C’est en étudiant qu’on
Devient moins con
Et en piochant dans le savoir
Juste pour voir,
Pour recevoir
Autre chose qu’un bien
Encore mieux qu’un très bien,
La joie de découvrir
Que l’âge du gavage
Est révolu, rêve aux solutions,
Révolution  sans sot car
Le consommateur,
Le con sot mateur,
Le con sot qui mate l’heure
Est devenu acteur
Du rôle de sa vie.

 

Merci Pascal!

MC Octobre 2014