Cette histoire, c'est une amie qui me l'a racontée.
Elle m'a bouleversée et j'ai écrit, ceci:

 

Il était une foi
devenue profession
un métier si l'on peut dire
ils allaient à l'église
pour éviter le pire
ils lui donnaient
leur vie
elle leur donnait
la garantie
d'être des gens bons
de Bayonne
ou d'ailleurs,
chez elle, ils rencontraient
d'autres gens bons,
généreux
et pieux.
Epieux, silices,
macérations
pour repousser les vices
toutes les tentations
de cette société
dépravée.
Ils écoutaient les prêches
et allaient à confesse,
ils s'aseyaient revêches
pour écouter la messe
ils se levaient la nuit
pour adorer l'hostie.
Componction,
génuflexion,
pardon
et communion.

Il était une foi
en guise d'horizon,
une toute petite foi
pour un tout petit horizon,
sans flonflon,
sans passion,
sauf celle, crucifiée
de cet homme Dieu
dont ils ne contemplaient
que le sang précieux,
fascinés par ces gouttes versées
sur la terre rouge, désolée,
ils regardaient la croix,
ils regardaient le sol, par choix,
parfois,
ils regardaient le ciel
espérant un après de miel,
ils étaient sûrs d'avoir raison,
multipliaient leurs oraisons,
sans frisson,
sans émotion
avec détermination
et conviction.

Il était une foi,
un fils de leur union né,
un fils si discret:
il ne parlait jamais,
sauf pour répéter
ces litanies usées,
empesées
sous le poids des années,
ampoulées
sans lumière pour les éclairer;
avec eux, il manifestait
contre ces dégénérés,
lesbiennes ou biens gays,
ces déchets d'humanité
comme ils disaient,
qui prétendaient se marier
parce qu'ils s'aimaient.

Un jour, un jour de mai,
ce mois es promesses
et des rêves de liesse,
ce mois des merles
et des cerises en perle,
rouges de vie,
couleur rubis,
un jour, un jour de mai,
ce fils bien aimé,
enfin, on le suppose,
ce fils s'est jeté,
à l'heure où les roses
exhalent leur parfum,
ce fils s 'est jeté
sous les roues d'un train.

Tous les anges des cieux
se sont mis à hurler.
Les démons malicieux
se sont mis à chanter.
Et la mère, et le père
se sont mis à pleurer
sur le corps en bouillie
sanglante de leur fils.
Ô le cri
de ces roues sur l'acier
Ô ce cri
de fou en ce beau jour de mai...
Et quel cri
de détresse
que cette vie happée
par la grande vitesse.

Il était une fois,
une lettre laissée
avant que d'en finir,
quelques mots griffonnés
avant que de mourir
il était une fois
cette dernière phrase
"Jean Philippe, je t'aime"
pour résumer le drame
d'un fils écartelé
entre les slogans
véhéments
de ses chers parents,
le courroux supposé
d'un dieu intransigeant
et l'appel de son coeur
et de son corps, peut-être
vers un autre que lui,
vers un homme
en somme.

Il était une foi...
mais était-ce une foi?

 

Ce jeune homme était l'élève de mon amie. Il n'avait guère plus de 20 ans...