Au fil des années, j'ai appris à apprivoiser ce temps qui semble vide, celui pendant lequel les élèves ou les étudiants planchent sur leurs copies. Dans ce silence, assez étrange, l'inspiration semble plus facile, comme si leurs efforts à tenter de donner le meilleur d'eux-mêmes créaient un climat propice et fécond pour moi aussi.

C'est ainsi qu'il m'est arrivé de contempler les arbres et d'écrire sur l'automne

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ou bien sur le printemps!

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Ce matin, j'avais commencé à corriger leurs copies de la veille et j'étais catastrophée de la pauvreté du contenu de leur copie, ce matin, donc, je les voyais tous écrire, sur le sujet du jour, avec application, comme la veille d'ailleurs.

Un sentiment de tristesse m'a envahie, de les voir s'efforcer, de les voir jouer ce jeu auquel ils me semblaient déjà ne plus  croire.

Et ces mots sont venus:

Désespérance,
des espérances déçues?
Déserts,
des aires abandonnées,
des terres en jachère,
jonchées de feuilles mortes,
couvertes de folle avoine
et de ronces sauvages,
passées de sangliers
et de chevreuils légers,
l''esprit à l'abandon,
comme sol délavé,
argile délitée
sous le feu dévorant
d'une soif de clinquant,
cheminées de fée,
par les fées
délaissées,
dressées
au vent mauvais,
posées là, sans question,
sans nulle autre ambition
que survivre à l'instant.
Esquifs de planches frêles
sans voiles, ni misaine,
sans aucun capitaine,
autant d'oiseaux sans ailes.

Ils sont posés, là,
ils ont baissé les bras,
nourris de pauvres joies,
insensibles aux émois
du monde,
sourds à la terre
qui gronde.
Ils errent en leur vie
sans espoir de demain,
soldats déjà vaincus
d'une guerre sans pitié,
d'une guerre sans tranchées,
d'une guerre cachée
derrière des mots savants:
productivité, rendement,
profits et dividendes,
coups d'pub et propagandes,
mensonges et prébendes,
d'une guerre qui tue l'homme
en l'homme,
pour quelques pourcentages
que seuls se partagent
quelques élus,
aveugles en leurs châteaux,
loin des hommes,
de leurs maux,
sinistres prêtres
de cette liturgie
et de ses litanies
au dieu argent offerte.

Ils sont là,
ils sont las,
déjà.
Ils sont jeunes pourtant,
à peine vingt ans.
Et ils ne rêvent plus,
la flamme dans leurs yeux
n'est plus.
Leurs dieux à eux
portent maillots,
et vivent de leurs bravos.

Ils sont las
et ils ne sont plus là.
Leur esprit?
enfui,
enfoui,
nourri
de pensées faciles,
séduit
par des leurres habiles.
Leur esprit se meurt,
lente agonie,
sans heurt,
sans bruit,
sans peur.

Leur esprit
les fuit
et se réfugie
ailleurs...

Là où personne ne va
les déranger,
dans ce sommeil profond,
dans ce vide sans fond.

 

Ils ne sont plus là...