Elle m’apparut de prime abord comme un oiseau fragile, repliée sur elle-même, cachée derrière une épaisse masse brune de cheveux brillants.
J’avais parfois le sentiment qu’elle aurait aimé disparaître, ou en tout cas, ne plus être vue.
Elle était si menue, sa peau si pâle, Blanche Neige des temps modernes.
Il ne manquait que la goutte de sang perlant au bout d’un doigt pour compléter le tableau.

Elle ne parlait pas, mais elle écoutait.
Elle écoutait.
Je compris, au premier devoir rendu puis corrigé, qu’elle avait des choses à dire, qu’elle savait exprimer sa pensée, aller au bout d’une explication, d’un raisonnement.
Je le lui dis et je l’encourageai à persévérer.
Dans l’une des matières que je lui enseignais, elle devint brillante, au point d’obtenir 17/20 à l’épreuve de fin de cycle.

Au fil du temps, j’apprivoisais cette jeune fille sauvage.
Je découvris en elle un appétit de culture, de lecture. Car elle lisait, fait suffisamment rare dans une section d’enseignement tertiaire pour être souligné.
Elle me fit part de ses colères, de ses indignations, de ses révoltes, de ses doutes quant à la pertinence de l’information diffusée par les médias. Je lui fis découvrir Noam Chomsky, que quelques années auparavant mon propre fils m’avait fait découvrir.

Noam-Chomsky

https://www.youtube.com/watch?v=TjIGPD-6QBk

Elle se confondit en remerciement, heureuse et rassurée d’avoir rencontré une adulte qui se posait les mêmes questions qu’elle.
Elle me parla des oliviers de son grand-père, de l’huile d’argan miraculeuse, des recettes à base de coings de sa mère.

Oliveraie

Lorsqu’elle évoquait les oliviers, je voyais son esprit traverser l’espace ; elle se promenait en pensée sous le chaud soleil du pays de son ancêtre, elle foulait la terre ocre, elle tâtait les olives pour en déterminer la maturité.
Elle rêvait de créer une entreprise autour de ce trésor végétal.

Mais elle était bien jeune encore. Elle continua ses études, sans grand enthousiasme, sans grande motivation, assurant le travail minimum pour réussir.
Je l’ai revue, elle s’est épanouie mais elle s’interroge encore sur son devenir, sur le sens de notre monde. Nous avons parlé de Pierre Rahbi et de ses colibris.

pierre-rabhi-au-nom-de-la-terre

Elle est en première année de master.
Elle attend son heure, je l’espère, pour réaliser son rêve.

Un jour, je vous reparlerai d’elle…

 

MC Octobre 2014