C’était un de ces matins d’été indien.
Douceur puis chaleur très vite.
Une de ces journées où l’on aurait aimé se promener, s’enivrer des couleurs de l’automne naissant.

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C’était aussi un mardi matin et le cours avait commencé.
Elle, elle était à côté de la fenêtre.
Elle, elle avait un petit côté d’Alizée, cette petite chanteuse haute comme trois pommes qui passera sans doute telle une comète dans le grand univers des chanteurs boostés puis jetés comme mouchoirs en papier.

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Elle, elle avait une voix de stentor, d’autant plus sonore que sa taille était petite, sans doute.
Elle, elle portait un patronyme qui évoque le conflit. Et nous étions mardi matin, jour que les anciens dédièrent à Mars, le dieu de la guerre dans la mythologie romaine.

Il commençait à faire chaud, très chaud derrière les grandes baies vitrées qui tenaient lieu de mur sur un des côtés de la salle.
J’avais ouvert la porte, mais l’air était véritablement très lourd. J'ouvris une fenêtre.
Je m’apprêtais à ouvrir une deuxième fenêtre, espérant provoquer un filet d’air supplémentaire.

Commença alors ce dialogue surréaliste :
Elle : non, je ne veux pas que l’on ouvre la fenêtre
Moi : et pourquoi donc ?
Elle : elle va me tomber dessus…
C’était une fenêtre à bascule, tenue par le haut par un filin d’acier que l’on déroulait grâce à une manette.
Moi : …et bien déplacez vous, elle ne vous tombera pas dessus.
Elle : non, je ne me déplacerai pas
Moi : si, vous vous déplacerez
Elle : non

J’abrège et je ne peux traduire l’intensité des décibels sortis de sa petite personne!
Je me dirigeai vers la fenêtre que j’ouvris.
Elle, fort en colère, finit par se déplacer, en grommelant que jamais personne n’avait ouvert une fenêtre qu’elle ne voulait pas que l’on ouvre.
Eloignée de son âme damnée – l’étudiante avec laquelle elle échangeait tant de confidences pendant les cours, après je ne sais pas- elle continua tout de même à lui parler, d’une rangée à l’autre.

Les étudiants placés devant elle semblaient aussi surpris que moi et me confièrent à mi-voix : « c’est du cinéma, quelle comédienne !».
L’intermède dura une bonne dizaine de minutes.

Je ne sus s’il fallait en rire ou bien en pleurer.Je ne sus si c’était une facétie du dieu mars qui avait asticoté à son insu la jeune personne.
Mon chef d’établissement à qui j’évoquais l’épisode qualifia la jeune personne d’enfant capricieuse…
La question demeure en suspens : comment distinguer une personne capricieuse d’une personne caractérielle ?
La question subsidiaire- plus importante à mes yeux : que devient l’acte d’enseigner lorsqu’on est confronté – en section post baccalauréat- à des comportements de cet acabit ?

MC Octobre 2014